L'Union africaine officialisera le 7 octobre prochain, à Port-Louis (Maurice), le lancement de l'African Credit Rating Agency (AfCRA). Cette nouvelle institution vise à proposer une alternative aux agences de notation internationales, en offrant une lecture plus précise et adaptée des fondamentaux économiques et des réformes structurelles menées par les États africains.
Un levier contre le surcoût de la dette
Le déploiement de l'AfCRA répond à une préoccupation majeure des dirigeants du continent : l'existence d'un « Africa premium ». Ce phénomène se traduit par des coûts d'emprunt artificiellement élevés pour les pays africains, souvent pénalisés par une perception des risques jugée déconnectée de la réalité par les agences dominantes comme Fitch, Moody’s ou S&P Global Ratings. Selon des estimations du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) datant de 2023, ces biais de notation coûteraient chaque année environ 75 milliards de dollars aux économies africaines en intérêts supplémentaires et en opportunités de financement manquées.
Une quête d'équité, non de complaisance
Le président nigérian Bola Tinubu, fervent défenseur de cette initiative, a souligné que l'objectif n'est pas d'obtenir des notations de faveur, mais d'assurer une évaluation juste. Il insiste sur la nécessité de prendre en compte les réformes concrètes et les indicateurs réels des pays, plutôt que de subir des déclassements systématiques lors des turbulences des marchés mondiaux, même lorsque les positions budgétaires des États restent maîtrisées. L'AfCRA ne se substitue pas aux agences mondiales, mais entend opérer en complémentarité pour offrir une perspective plus nuancée aux investisseurs.
L'enjeu crucial de la crédibilité
Si l'initiative est saluée comme une avancée stratégique pour la souveraineté financière, sa réussite dépendra intrinsèquement de sa capacité à s'imposer sur les marchés internationaux. Le président Tinubu a rappelé que la valeur de cette institution reposera exclusivement sur la rigueur méthodologique et l'indépendance totale de ses analyses. Pour gagner la confiance des capitaux mondiaux, l'agence devra démontrer une expertise technique irréprochable, capable de transformer la perception du risque africain sur le long terme.