Face à la persistance de la malnutrition malgré un potentiel agricole immense, l'Union africaine amorce un changement de paradigme. Lors d'une rencontre à Addis-Abeba, les dirigeants ont acté la nécessité de délaisser la gestion des crises humanitaires au profit d'une transformation structurelle des systèmes alimentaires africains.
Un nouveau cap stratégique pour la décennie 2026-2035
Le président de la Commission de l'Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a souligné que l'insécurité alimentaire, exacerbée par les chocs climatiques et les instabilités géopolitiques, exige une réponse plus durable. Le plan d'action du Programme détaillé de développement de l'agriculture en Afrique (PDDAA) pour la période 2026-2035 se présente comme la feuille de route opérationnelle pour concrétiser l'Agenda 2063. Ce cadre vise à structurer une production agricole résiliente, capable de répondre aux besoins des populations tout en valorisant les ressources naturelles du continent.
Leviers de souveraineté et transformation locale
Le plan mise sur une montée en gamme de la production locale pour réduire la dépendance aux importations extérieures. L'un des piliers majeurs repose sur l'exploitation des opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). En favorisant la transformation des produits agricoles sur place, l'Union africaine ambitionne de créer une valeur ajoutée significative et de structurer des chaînes de valeur intégrées à l'échelle régionale. Cette stratégie s'accompagne d'investissements ciblés dans l'irrigation et la modernisation des techniques culturales pour soutenir les communautés rurales.
Inclusion sociale et stabilité comme piliers de la sécurité
La stratégie place l'inclusion des femmes et des jeunes au centre de la transformation agricole, les identifiant comme les moteurs essentiels de la sécurité nutritionnelle. Par ailleurs, l'organisation insiste sur l'interdépendance entre la paix et l'alimentation : l'approche humanitaire doit désormais être systématiquement articulée avec les politiques de stabilité politique. Pour financer cette ambition, l'UA appelle à une mobilisation accrue des ressources, s'appuyant sur des partenariats stratégiques, notamment avec la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), afin de garantir la viabilité financière de ce plan décennal.