Dans le cadre d'un prêt massif de 90 milliards d'euros accordé par l'Union européenne, l'Ukraine prévoit d'allouer une part significative de ces fonds au renforcement de son bouclier antimissile. Cette stratégie, qui vise à contrer les frappes russes contre les infrastructures civiles, place Bruxelles face à un dilemme industriel entre l'urgence des besoins ukrainiens et la volonté de privilégier les équipements de défense produits sur le continent européen.
Priorité à la défense aérienne
Les autorités ukrainiennes ont manifesté leur intention d'utiliser la prochaine enveloppe de financement européen pour acquérir des systèmes de défense balistique, ainsi que des missiles et des drones. Si le choix technologique reste à définir, l'Ukraine a déjà confirmé son intérêt pour le système sol-air franco-italien SAMP/T NG, dont elle deviendra le premier utilisateur en situation de combat. Les commandes pour ces équipements sont attendues avant le mois de septembre, dans un contexte où la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a réaffirmé la volonté de l'UE de soutenir les capacités antibalistiques de Kyiv pour limiter les pertes humaines.
Le débat sur la clause Made in Europe
L'utilisation de ces fonds soulève des tensions au sein des États membres. Une partie de l'enveloppe, dotée d'une clause favorisant les producteurs européens, vise à stimuler l'industrie de défense du continent. Tandis que la France et d'autres partenaires insistent sur la nécessité de privilégier les équipements fabriqués dans l'UE ou l'EEE-AELE, un groupe de pays, incluant notamment la Pologne, les pays baltes et les pays nordiques, plaide pour une plus grande flexibilité. Ces derniers estiment que l'urgence de la situation sécuritaire doit primer sur les considérations industrielles, permettant à l'Ukraine d'acquérir sans restriction les technologies les plus adaptées.
Flexibilité et dérogations possibles
Bien que la priorité soit donnée aux industriels ukrainiens et européens, la Commission européenne dispose de marges de manœuvre. Bruxelles a la possibilité d'accorder des dérogations pour l'achat d'équipements non produits en Europe, comme le système américain Patriot, déjà sollicité par le président Volodymyr Zelensky. Ces exemptions, déjà pratiquées par le passé pour l'acquisition de drones, illustrent la volonté de concilier le soutien à la base industrielle européenne avec l'impératif de défense immédiate de l'Ukraine. Sur les 90 milliards d'euros totaux, 60 milliards sont spécifiquement dédiés aux capacités de défense, dont 28,3 milliards sont prévus pour l'année 2026.