L'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) s'engage dans une démarche de coordination régionale pour structurer son écosystème d'intelligence artificielle. Face à un indice de préparation moyen de 31,50 sur 100, bien en deçà de la moyenne mondiale fixée à 47, l'organisation vise l'adoption d'une stratégie communautaire d'ici 2027 pour harmoniser les initiatives nationales et renforcer sa souveraineté technologique.
Un retard structurel à combler
Le diagnostic établi par le rapport 2025 d'Oxford Insights souligne des disparités marquées au sein de la zone. Si le Sénégal se distingue avec un score de 46,10, d'autres États comme le Niger (26,00) ou la Guinée-Bissau (23,50) accusent un retard plus important. Au-delà des politiques publiques, le défi est matériel : l'Afrique ne dispose que de moins de 1 % de la capacité mondiale en centres de données. Cette dépendance aux infrastructures étrangères limite la capacité des États membres à concevoir des solutions d'IA adaptées à leurs besoins spécifiques en matière d'agriculture, de santé ou de sécurité.
Harmoniser les cadres nationaux
Plusieurs pays de la zone ont déjà initié des cadres réglementaires, notamment le Bénin et le Sénégal en 2023, la Côte d'Ivoire en 2025 et le Burkina Faso en 2026. Le Sénégal illustre cette dynamique avec sa « Senegal AI Factory », un projet visant à transformer les politiques nationales en capacités opérationnelles concrètes. La stratégie de l'UEMOA ambitionne d'éviter la dispersion de ces efforts en instaurant une gouvernance commune, articulée autour de quatre piliers : éthique et régulation, infrastructures, capital humain, et innovation.
Vers une souveraineté des données
La future stratégie communautaire prévoit la création d'un Comité régional de pilotage, d'une Académie dédiée et d'un Fonds régional d'innovation. L'enjeu central demeure la maîtrise des données sensibles. À l'image de la déclaration de politique générale présentée par le Premier ministre sénégalais Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo en septembre 2026, l'accent est mis sur le développement de clouds souverains. Ces infrastructures doivent permettre d'héberger les données critiques sur le territoire national, réduisant ainsi la dépendance aux fournisseurs extérieurs.
Un calendrier opérationnel enclenché
La Commission de l'UEMOA a franchi une étape technique le 11 septembre 2026 avec l'ouverture des plis pour le recrutement du cabinet chargé d'élaborer le plan d'actions chiffré. La validation de l'étude est attendue pour la fin de l'année 2026, ouvrant la voie à une adoption formelle de la stratégie en 2027. La réussite de ce projet dépendra de la capacité de l'Union à transformer ces ambitions politiques en moyens matériels tangibles pour soutenir l'innovation locale.