L'ouvrage de Léon Plée de 1866 éclaire la genèse coloniale des frontières algériennes

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 45 lectures
L'ouvrage de Léon Plée de 1866 éclaire la genèse coloniale des frontières algériennes

Publié en 1866, l'ouvrage « Abd-el-Kader, nos soldats, nos généraux et la guerre d’Afrique » du journaliste français Léon Plée offre un éclairage historique sur la configuration territoriale de l'Algérie avant et pendant l'expansion coloniale. Ce témoignage souligne que les frontières actuelles, notamment l'intégration des vastes espaces sahariens, résultent d'un processus administratif et militaire imposé par la France au cours du XIXe siècle.

La géographie restreinte de la Régence d'Alger

L'auteur décrit une Algérie précoloniale dont l'autorité, héritée de la Régence d'Alger, se limitait essentiellement à la bande côtière et à quelques centres urbains stratégiques. Le territoire était alors structuré autour de trois beyliks — Mascara, Titteri et Constantine — tandis que l'intérieur des terres demeurait sous le contrôle de tribus autonomes. Selon Plée, la notion d'Algérie ne s'appliquait alors qu'à la zone méditerranéenne et aux hautes plaines du Tell, excluant de facto les espaces désertiques du Sud.

Le Sahara, un espace géopolitique distinct

L'un des apports documentaires majeurs du texte réside dans la distinction nette opérée entre le Nord et le Sahara. Léon Plée affirme que les populations nomades du Sud, telles que celles du Sud-Oranais ou du Touat, n'étaient soumises ni au Dey d'Alger ni à une quelconque autorité centrale algérienne. L'ouvrage suggère que l'agrégation de ces régions au territoire algérien ne correspondait à aucune réalité politique préexistante, mais fut le fruit d'une intégration progressive menée par l'administration coloniale française après 1847.

La stratégie militaire aux frontières marocaines

Le livre met en lumière le rôle central de la frontière ouest dans la stratégie française. Pour neutraliser la résistance menée par l'Émir Abd el-Kader, qui s'appuyait sur la solidarité des tribus frontalières et le soutien du Sultan du Maroc, l'armée française a dû ériger des bases fortifiées, notamment à Lalla-Maghnia et Sebdou. Cette militarisation visait à couper les lignes de ravitaillement et à stabiliser une zone décrite par l'auteur comme une frontière poreuse, où l'allégeance des tribus nomades à l'Empire chérifien constituait un indicateur géographique et politique majeur.

L'expansion coloniale comme moteur territorial

En retraçant les campagnes militaires jusqu'en 1847, Léon Plée documente la transformation d'une occupation limitée aux villes côtières en une mainmise sur l'ensemble du territoire nord. Le récit démontre que la configuration actuelle de l'Algérie est le résultat d'une expansion géographique méthodique. En figeant l'état des lieux de 1847, l'ouvrage confirme que la présence française a agi comme le vecteur principal de l'unification administrative de territoires qui, auparavant, fonctionnaient comme des entités sociales et politiques indépendantes.

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