La question de la protection des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla par l'OTAN revient au cœur des débats stratégiques. Javier Colomina, représentant spécial de l'Alliance pour le voisinage Sud, a récemment indiqué que les alliés pourraient soutenir Madrid en cas de menace hybride grave, tout en rappelant que l'activation de la défense collective n'est soumise à aucun automatisme.
Une doctrine élargie aux menaces hybrides
Lors du forum « Dialogues pour la sécurité » à Madrid, Javier Colomina a souligné que l'OTAN intègre désormais les campagnes hybrides dans le champ d'application potentiel de l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord. Cette déclaration fait suite à la crise migratoire exceptionnelle survenue fin juillet à Ceuta, marquée par l'entrée irrégulière de 72 000 personnes. Si un rapport de la police espagnole suggère une opération « planifiée » impliquant des membres des forces de sécurité marocaines, cette qualification n'a pas encore été actée officiellement comme une agression hybride.
L'absence d'automatisme de l'article 5
Malgré cette ouverture, le responsable de l'OTAN a tempéré les attentes en rappelant que le déclenchement de l'article 5 n'est pas automatique. Toute invocation de cette clause de défense collective nécessite une décision politique souveraine de l'Espagne, suivie d'un examen approfondi par le Conseil de l'Atlantique Nord. De plus, le commandement allié en Europe ne couvre pas explicitement, dans ses opérations courantes, les territoires de Ceuta et Melilla, ce qui place la gestion de ces zones dans une zone grise diplomatique et stratégique.
Le précédent historique de l'îlot Perejil
Ce débat ravive le souvenir de la crise de 2002, lorsque des gendarmes marocains avaient occupé l'îlot Perejil, forçant l'Espagne à mener une opération militaire pour en reprendre le contrôle. À l'époque, l'Alliance atlantique n'avait pas considéré cet incident comme une agression justifiant une intervention collective. Vingt-quatre ans plus tard, la situation souligne la complexité des relations entre Madrid et Rabat, où la souveraineté sur les territoires nord-africains demeure un point de friction majeur, désormais scruté sous le prisme des nouvelles menaces sécuritaires globales.