Le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui se tient actuellement à Bichkek au Kirghizistan, rassemble les dirigeants de dix pays membres pour renforcer leurs liens stratégiques. Cette rencontre est largement perçue comme une tentative de Pékin et Moscou de structurer une alternative aux organisations occidentales, dans un contexte de tensions internationales accrues.
Une plateforme pour un ordre mondial alternatif
Fondée en 2001 comme un forum de sécurité, l'OCS a progressivement élargi son influence sous l'impulsion de la Chine et de la Russie. Pékin, en particulier, promeut cette organisation comme un contrepoids au G7, en y intégrant des promesses d'aide au développement et de coopération financière. Pour des nations comme la Russie, isolée par les sanctions liées à son invasion de l'Ukraine, ou l'Iran, ce sommet constitue une tribune diplomatique essentielle pour consolider des alliances en dehors du bloc occidental.
Des intérêts nationaux aux trajectoires divergentes
Malgré l'affichage d'une unité de façade, l'OCS ne constitue pas un bloc monolithique. Les analystes soulignent que les membres conservent des agendas nationaux distincts, voire contradictoires. L'Inde, par exemple, utilise ce forum pour maintenir sa présence dans une région marquée par la rivalité avec le Pakistan et l'influence croissante de la Chine. Pour New Delhi, l'enjeu est davantage stratégique et symbolique : il s'agit de protéger ses intérêts nationaux et de se positionner comme un acteur incontournable dans les dynamiques eurasiennes.
La stratégie d'équilibre des partenaires
Le sommet met également en lumière les tactiques de certains pays cherchant à naviguer entre plusieurs pôles de puissance. La Turquie, partenaire de dialogue depuis 2012, illustre cette volonté d'équilibre. Tout en restant membre de l'OTAN et en maintenant des liens commerciaux étroits avec l'Union européenne, Ankara cherche à renforcer son influence en Eurasie. Le président Recep Tayyip Erdogan a d'ailleurs réitéré son intérêt pour une adhésion permanente à l'OCS, soulignant une volonté de diversifier ses alliances face à une candidature à l'Union européenne au point mort depuis plus de deux décennies.
Le renforcement des coopérations bilatérales
En marge des sessions officielles, les rencontres bilatérales rythment le sommet. Le président russe Vladimir Poutine a multiplié les échanges, notamment avec Xi Jinping et Narendra Modi. Ces discussions visent à concrétiser des mesures de rapprochement, telles que la pérennisation d'exemptions de visa entre Moscou et Pékin. Ces interactions témoignent de la volonté des États membres de transformer l'OCS en un espace de coopération pragmatique, capable de soutenir leurs économies respectives face aux pressions extérieures.