L'organisation Advocacy for Alleged Witches (AfAW) a officiellement saisi le commandement de la police de l'État de Benue, au Nigeria, suite au meurtre présumé d'Ordue Ikye, un octogénaire lynché par des membres de sa communauté. Cet acte de violence extrême, motivé par des accusations infondées de sorcellerie, soulève des questions critiques sur la protection des libertés publiques et l'impunité dans les zones rurales.
Le mécanisme d'une accusation fatale
Le drame s'est noué dans le district de Gbemacha, suite au décès soudain d'un jeune homme d'une trentaine d'années, Aker Aleva, après un malaise survenu alors qu'il rentrait d'un match de football. Malgré l'absence de lien médical, des membres de la communauté ont immédiatement désigné Ordue Ikye, un parent éloigné du défunt, comme responsable occulte de ce décès. Selon les informations transmises à l'AfAW, l'octogénaire a été confronté par un groupe de villageois, dont le président de la jeunesse locale, avant d'être violemment agressé à coups de bûches malgré ses dénégations.
Entrave à la justice et pressions communautaires
La situation est aggravée par une tentative manifeste d'étouffer l'affaire. Le fils de la victime, témoin direct des faits, rapporte que les autorités traditionnelles locales ont tenu une réunion axée exclusivement sur le décès du jeune Aleva, ignorant totalement le meurtre de l'octogénaire. Plus grave encore, ce témoin affirme avoir été contraint par des proches du chef traditionnel de remettre son téléphone, dont le contenu photographique et vidéo a été effacé sous la menace, avant d'être mis en garde par les autorités coutumières.
L'appel à une intervention policière urgente
Face à la vulnérabilité de la famille, incapable de porter plainte par crainte de représailles et faute de moyens financiers, l'AfAW exhorte le commissaire de police à diligenter une enquête approfondie. L'organisation demande l'interpellation des individus nommément cités comme meneurs de l'agression, ainsi que la sécurisation des preuves médicales et mortuaires. Au-delà du cas individuel, l'AfAW souligne que les accusations de sorcellerie constituent une violation grave des droits humains, menant régulièrement à des actes de torture et des exécutions extrajudiciaires, et appelle les autorités à prévenir de nouvelles violences au sein de cette communauté.