Un économiste ghanéen met en garde contre l’illusion des gains macroéconomiques obtenus au prix de la destruction des écosystèmes. Pour Godfred Bokpin, professeur à l’Université du Ghana, l’exploitation aurifère irresponsable, notamment via le phénomène du *galamsey*, hypothèque l’avenir du pays.
L’or qui ronge les forêts et les rivières
Le *galamsey*, cette exploitation artisanale et souvent illégale de l’or, dévaste les forêts, les cours d’eau et les sols ghanéens. Selon Godfred Bokpin, professeur de finance à l’Université du Ghana, ces dégâts environnementaux ne peuvent être compensés par les revenus tirés de l’or, fussent-ils élevés. « Il est égoïste de croire que l’on peut causer un tel préjudice à l’environnement et aux ressources en eau au nom de la stabilité macroéconomique et prétendre en tirer profit », a-t-il déclaré lors d’une intervention sur Joy FM.
Une comptabilité économique incomplète
Bokpin critique l’évaluation actuelle du secteur aurifère, qui se limite aux entrées de devises, à l’accumulation des réserves et aux indicateurs économiques clés. Pour lui, cette approche ignore les coûts réels : la dégradation des sols, la pollution des nappes phréatiques et la perte de biodiversité. « Le Ghana risque de sacrifier sa durabilité à long terme pour des gains économiques à court terme si la destruction environnementale reste un coût acceptable de la croissance », avertit-il. Il plaide pour une analyse complète de la chaîne de valeur, intégrant ces externalités avant de conclure au bénéfice net de l’exploitation aurifère.
Vers un modèle de croissance responsable ?
L’économiste appelle à un changement de paradigme : les politiques publiques doivent concilier prospérité économique et préservation des ressources naturelles. « Aucun modèle de croissance fondé sur la destruction environnementale et l’exploitation de matières premières ne peut être durable », souligne-t-il. Il insiste sur la nécessité d’une gouvernance responsable, capable de protéger les écosystèmes tout en générant une richesse pérenne. Une position qui interroge les priorités du Ghana, où l’or représente une part majeure des exportations, mais où les conséquences écologiques s’accumulent.