La directrice exécutive de l’Onusida, Winnie Byanyima, a appelé mardi à un « changement radical » dans la gestion des systèmes de santé en Afrique, face au recul marqué de l’aide internationale et à ses conséquences sur la lutte contre le VIH et le sida.
Selon ses déclarations, les gouvernements africains doivent revoir leurs priorités budgétaires pour préserver les dépenses de santé, alors que plusieurs pays occidentaux, dont les États-Unis, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, ont réduit leurs contributions financières aux programmes de développement. Ces coupes ont entraîné une perte significative de financements pour les organisations humanitaires, affectant directement les efforts de prévention et de traitement des maladies, notamment du sida.
L’Afrique subsaharienne concentre la majorité des personnes vivant avec le VIH dans le monde. Le continent enregistre également une part importante des nouvelles infections annuelles. Face à cette situation, Winnie Byanyima a insisté sur la nécessité pour les pays africains de renforcer leur autonomie sanitaire, notamment en développant une production locale de médicaments et en optimisant l’intégration régionale des ressources.
La responsable a souligné que sans une adaptation rapide des systèmes de santé, les progrès réalisés pourraient s’interrompre. Elle a également pointé du doigt le « grave recul en matière de droits de l’homme » qui touche les personnes séropositives, notamment dans les pays où les relations entre personnes de même sexe sont criminalisées. Ces mesures, selon elle, poussent les populations concernées à se cacher, limitant ainsi l’accès aux soins, à la prévention et aux traitements.
Malgré ces défis, Winnie Byanyima a salué les avancées scientifiques récentes, comme l’introduction de nouveaux traitements à longue durée d’action. Parmi eux, le lénacapavir, développé par un laboratoire pharmaceutique américain, permet de traiter et de prévenir le VIH avec seulement deux injections par an. Cependant, son déploiement reste limité par rapport aux besoins réels du continent.
Pour accélérer l’accès à ces innovations, l’Onusida a appelé à une production locale accrue des médicaments, notamment via des partenariats comme celui annoncé entre Unitaid et un laboratoire sud-africain pour la fabrication d’une version générique du lénacapavir. Cette initiative pourrait contribuer à réduire les coûts et à améliorer la disponibilité des traitements.
Enfin, la directrice exécutive a réaffirmé la possibilité d’atteindre l’objectif de mettre fin au sida en tant que menace pour la santé publique, malgré l’absence de traitement curatif ou de vaccin. Elle a appelé à une mobilisation accrue des ressources locales et à une collaboration renforcée entre les pays africains pour déployer à grande échelle les outils de prévention disponibles.