Le Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP) reconnaît officiellement que le dépassement de l’objectif de 1,5°C de réchauffement climatique est désormais inévitable. Dans un rapport publié cette semaine, l’agence onusienne appelle à une refonte urgente des stratégies climatiques pour limiter l’ampleur et la durée de ce dépassement, tout en évitant les scénarios catastrophiques.
Un constat sans appel : le seuil de 1,5°C sera franchi
Pour la première fois, une agence des Nations unies assume publiquement que le monde ne parviendra pas à contenir le réchauffement à +1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, seuil fixé par l’Accord de Paris en 2015. Selon le rapport de l’UNEP, cette trajectoire est désormais « inévitable » et devrait se concrétiser d’ici quelques années. Les scientifiques alertent depuis des années sur les risques associés à un réchauffement supérieur à 1,5°C : multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, accélération des points de basculement (effondrement des calottes glaciaires, disparition des récifs coralliens), et aggravation des crises humanitaires.
Le monde a déjà atteint +1,4°C, et les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter, malgré les engagements internationaux. Les trois dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées, confirmant l’urgence d’agir. Face à ce constat, l’UNEP insiste : « Le défi n’est plus d’éviter le dépassement, mais de le gérer. »
Repenser la gouvernance climatique : un impératif
Le rapport souligne l’obsolescence des approches actuelles. « Les règles du jeu ont changé, et nos plans ne sont pas préparés à une trajectoire de dépassement », déclare Debra Roberts, co-auteure du document et climatologue sud-africaine. Les auteurs appellent à une refonte de la gouvernance climatique, intégrant des mécanismes d’adaptation renforcés et des solutions technologiques controversées, comme la capture du carbone.
Cette proposition divise : si l’UNEP et certains experts y voient un outil complémentaire aux réductions d’émissions, d’autres, comme Lili Fuhr du Centre pour le droit international de l’environnement (CIEL), dénoncent une « solution spéculative » qui risque de retarder l’action urgente. « La seule issue favorable passe par une baisse immédiate et drastique des émissions, pas par des technologies incertaines », argue-t-elle.
Entre adaptation et action climatique : quel équilibre ?
Le rapport met en lumière un paradoxe : malgré l’admission de l’échec à atteindre 1,5°C, les experts insistent sur la nécessité de poursuivre la lutte pour limiter le réchauffement. « La lutte pour 1,5°C, c’est la lutte pour l’humanité », martèle António Guterres, secrétaire général de l’ONU. L’UNEP propose une double stratégie : accélérer les réductions d’émissions tout en développant des mécanismes d’adaptation pour protéger les populations et les écosystèmes.
Inger Andersen, directrice exécutive de l’UNEP, rappelle que l’adaptation n’est pas une option, mais une nécessité pour sauver des vies. Pourtant, les associations environnementales, comme Greenpeace, refusent de baisser les bras : « Ce dépassement n’est pas une raison pour renoncer à l’objectif de 1,5°C. Au contraire, il doit nous galvaniser à agir plus fort. »
Technologies et controverses : le piège du « faux espoir » ?
Le rapport accorde une place centrale aux technologies de capture du carbone, présentées comme un levier pour inverser partiellement le réchauffement. Pourtant, leur déploiement reste marginal aujourd’hui, et leur efficacité à grande échelle fait débat. Bill Hare, climatologue et directeur de Climate Analytics, craint que ce rapport ne devienne « un appel à l’apathie » en donnant l’illusion que des solutions technologiques pourraient se substituer aux efforts de décarbonation.
Les auteurs du rapport insistent néanmoins : sans réduction drastique des émissions dès maintenant, aucun scénario ne permettra d’éviter des conséquences irréversibles. La fenêtre d’action se referme, mais des marges de manœuvre subsistent – à condition d’agir collectivement et sans délai.