L’ONU alerte sur un El Niño « surpuissant » : quels risques pour l’Afrique et le monde ?

Par Rédaction KUMBA 4 min de lecture 34 lectures
L’ONU alerte sur un El Niño « surpuissant » : quels risques pour l’Afrique et le monde ?

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) et l’ONU tirent la sonnette d’alarme : le phénomène El Niño en cours pourrait devenir le plus intense depuis au moins 70 ans, avec des répercussions en cascade sur les climats, les économies et les populations. Des températures océaniques record et des perturbations météorologiques sans précédent menacent de s’aggraver d’ici 2027.

Un El Niño « historique » aux températures océaniques records

Selon l’OMM, le phénomène El Niño, caractérisé par un réchauffement anormal des eaux du Pacifique, atteint des niveaux exceptionnels. Les températures de surface dans la région centrale et orientale du Pacifique ont dépassé de plus de 2°C les moyennes saisonnières, avec des pics à près de 4°C au-dessus de la normale dans certaines zones. Ces anomalies, combinées à un réchauffement climatique d’origine humaine, pourraient faire de cet El Niño le plus puissant jamais enregistré depuis 1950.

Les données sous-marines révèlent une chaleur encore plus extrême : par endroits, les températures océaniques dépassent de 8°C les moyennes habituelles. Ces conditions, couplées à des vents modifiés, perturbent les régimes de précipitations à l’échelle mondiale, avec des conséquences potentiellement dévastatrices.

Sécheresses et feux de forêt : l’Asie du Sud-Est et l’Amérique latine en première ligne

Les prévisions de l’OMM indiquent un assèchement marqué dans plusieurs régions clés. L’Asie du Sud-Est, l’Amérique centrale et le nord de l’Amérique du Sud devraient subir des conditions plus sèches que la normale, augmentant les risques de sécheresses prolongées et d’incendies incontrôlables. En Indonésie, plus de 107 000 hectares ont déjà brûlé depuis le début de la saison sèche, forçant les autorités à recourir à des opérations de cloud-seeding pour tenter de provoquer des pluies.

En Amérique latine, le canal de Panama, artère vitale du commerce mondial, anticipe une réduction de 10 % du trafic maritime dès cette semaine en raison de la baisse des niveaux d’eau. Cette mesure, qui affecte environ 14 000 navires par an, menace une source de revenus essentielle pour le pays, estimée à 3 milliards de dollars annuels.

Inondations et typhons : l’Afrique de l’Est et la Chine sous haute tension

À l’inverse, des régions comme l’Afrique de l’Est, le sud du Brésil et le sud des États-Unis pourraient connaître des précipitations supérieures à la normale, avec un risque accru d’inondations et de glissements de terrain. La Chine, déjà frappée par trois typhons en juillet, s’attend à sept atterrissages de cyclones cette année – un nombre inhabituellement élevé, selon les experts locaux.

Ces événements s’ajoutent à une tendance déjà alarmante : les vagues de chaleur marines, aggravées par le changement climatique, menacent les écosystèmes marins. En Australie, où les récifs coralliens subissent des stress répétés, les prévisions pour la Grande Barrière de Corail sont moins critiques cette année. En revanche, le sud du pays, touché par des vagues de chaleur extrêmes, pourrait subir des perturbations majeures : effondrements de stocks de poissons, invasions de méduses et prolifération d’algues asphyxiantes, comme lors des précédents épisodes.

Préparations d’urgence : entre systèmes d’alerte et limites structurelles

Face à l’ampleur de la menace, l’OMM a lancé une mobilisation sans précédent pour diffuser des prévisions et des alertes précoces aux communautés les plus exposées. Des systèmes de surveillance renforcés, des déploiements médicaux préventifs et des plans de relocalisation d’espèces menacées sont mis en place. Aux États-Unis, le navire-hôpital USNS Comfort a été envoyé vers les côtes péruviennes pour apporter un soutien logistique et médical.

Pourtant, les experts soulignent que ces mesures restent insuffisantes face aux vulnérabilités structurelles. Miguel Aréstegui, spécialiste de la résilience climatique, met en garde : « El Niño ne frappe pas dans le vide. Les crises sont aggravées par des logements précaires, des systèmes d’eau et d’assainissement défaillants, et des systèmes de santé fragiles. » Sans réformes profondes, les populations les plus pauvres resteront les premières victimes de ces catastrophes en cascade.

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