L’Assemblée générale des Nations unies a adopté vendredi une résolution, portée par le Togo et plusieurs États africains, visant à moderniser la représentation cartographique mondiale. Avec 164 voix favorables, un seul vote contre (les États‑Unis) et six abstentions, le texte s’appuie sur le soutien de l’Union européenne, dont la France.
Vote à l’ONU et portée diplomatique
Le projet, présenté par le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a bénéficié d’une large coalition incluant des pays africains et européens. La résolution, officiellement confiée au Togo par l’Union africaine, a été adoptée à une écrasante majorité, soulignant l’engagement de la communauté internationale à réviser un outil de référence souvent négligé dans les politiques éducatives et administratives.
De la projection Mercator à l’Equal Earth : pourquoi changer
Conçue au XVIᵉ siècle pour faciliter la navigation, la projection Mercator déforme les surfaces : les territoires proches des pôles apparaissent agrandis tandis que ceux proches de l’équateur, comme l’Afrique, sont réduits. Sur les cartes courantes, le Groenland semble presque aussi vaste que le continent africain, alors que l’Afrique couvre plus de 30 millions de km², soit treize à quatorze fois la superficie du Groenland. La résolution encourage l’adoption progressive de la projection « Equal Earth », développée en 2018, qui conserve la lisibilité tout en respectant davantage les proportions réelles. Son usage est prévu dans les écoles, universités, administrations publiques et manuels scolaires.
Le mouvement « Correct The Map » et les acteurs mobilisés
La résolution s’inscrit dans la campagne internationale « Correct The Map », lancée par des universitaires, artistes et militants afro‑descendants. Des organisations comme Africa No Filter et Speak Up Africa soutiennent l’initiative, estimant que la cartographie influence la perception du continent. Le ministre Dussey a présenté le texte comme une étape concrète pour traduire ces revendications en politique publique.
Enjeux géopolitiques et symboliques pour l’Afrique
Au‑delà de la correction technique, les partisans soulignent l’impact psychologique d’une carte qui sous‑représente l’Afrique. « Lorsque l’Afrique est déformée, elle est aussi diminuée dans les esprits », affirment les défenseurs du projet. Une représentation plus fidèle pourrait contribuer à revaloriser le poids du continent dans les échanges économiques, les discours géopolitiques et les décisions internationales, en alignant l’image visuelle sur la réalité démographique et économique.