L'ONU adopte la projection Equal Earth pour rééquilibrer la carte du monde face à Mercator

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 108 lectures
L'ONU adopte la projection Equal Earth pour rééquilibrer la carte du monde face à Mercator

L'Assemblée générale des Nations Unies a approuvé vendredi une résolution sans précédent, adoptée par 164 pays avec une seule voix contre, celle des États-Unis, et six abstentions, pour promouvoir une nouvelle carte du monde. Issue de l'initiative « Corrigez la carte » portée par l'Union africaine et le Togo, la projection Equal Earth succède symboliquement à la carte de Mercator, utilisée depuis le XVIe siècle, et vise à corriger les distorsions qui surestimaient les pays du Nord au détriment du Sud.

Une correction de l'héritage colonial

Pour le géographe Yann Roche, membre de la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, la projection de Mercator, conçue à l'origine pour la navigation à voile, a surtout survécu pour des raisons politiques. En exagérant la taille des régions polaires comme le Groenland, elle a alimenté « une certaine vision de domination du Nord par rapport au Sud ». Shivanand Balram, enseignant en géographie à l'Université Simon Fraser, abonde dans le même sens : une projection qui déforme les surfaces peut façonner des représentations mentales associées à l'importance et au pouvoir.

L'Afrique au centre du récit cartographique

En représentant plus fidèlement les surfaces continentales, la projection Equal Earth permet aux pays africains de « reprendre le narratif » face aux anciennes puissances coloniales, selon M. Roche. Le professeur reconnaît toutefois qu'aucune carte n'est parfaite : aplatir une sphère sur une surface plane impose toujours des compromis. Au-delà de l'aspect visuel, l'adoption de cette nouvelle approche pourrait transformer l'enseignement primaire, secondaire et universitaire, en encourageant une analyse critique du choix des projections.

Un changement freiné par le coût du remplacement

Le principal obstacle à une diffusion massive reste économique : le remplacement de l'ensemble des cartes existantes représente un investissement considérable pour les États et les institutions. Ce frein matériel pourrait ralentir la portée concrète de la décision onusienne, dont l'effet dépendra de l'engagement réel des États membres et des acteurs de l'éducation.

La toponymie comme outil d'influence

La carte ne se limite pas à la projection choisie : le choix du centrage influence aussi la perception du monde. M. Roche cite l'essai « La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre » pour rappeler le rôle des cartes dans les stratégies de conquête. Aujourd'hui, la toponymie devient un instrument de soft power, comme l'illustre la décision du président américain Donald Trump de renommer le golfe du Mexique en « golfe d'Amérique », puis le lac Ontario en « lac d'Amérique ». Une manière, selon le géographe, d'affirmer l'influence états-unienne bien au-delà du terrain militaire.

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