L'Assemblée générale des Nations Unies a franchi une étape symbolique et politique majeure en adoptant une résolution promouvant la projection cartographique « Equal Earth ». Ce texte, porté par le Togo au nom de l'Union africaine, vise à mettre fin à plus de 450 ans de représentations biaisées qui minimisaient artificiellement la taille réelle du continent africain.
Une remise en cause de l'héritage Mercator
Depuis 1569, la projection de Mercator s'est imposée comme la norme mondiale, bien qu'elle ait été conçue initialement comme un outil de navigation maritime. Ce modèle présente une distorsion majeure : il agrandit les zones proches des pôles, comme l'Europe ou le Groenland, tout en réduisant drastiquement les régions équatoriales. Pour le Ghana Institute of Governance and Security (GIGS), cette distorsion n'est pas qu'un simple détail technique. En rendant l'Afrique visuellement plus petite qu'elle ne l'est réellement — le continent est pourtant 14 fois plus vaste que le Groenland — cette carte a conditionné des générations à sous-estimer le poids démographique, les ressources et l'importance stratégique du continent.
Un vote massif pour une nouvelle perception mondiale
Le 4 septembre 2026, la résolution a été adoptée par 164 voix pour, une seule contre (les États-Unis) et six abstentions. Ce large consensus souligne une prise de conscience internationale sur le caractère non neutre des outils de représentation. Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a rappelé lors des débats qu'« une carte n'est jamais neutre » et qu'un monde plus juste nécessite une représentation géographique équitable. À noter que la France a déjà annoncé son intention d'abandonner la projection Mercator dans ses documents officiels, marquant une volonté de transition vers des standards plus fidèles à la réalité physique.
Vers une transformation des outils éducatifs et numériques
Bien que la résolution ne soit pas contraignante et n'interdise pas l'usage de Mercator pour la navigation technique, elle constitue une recommandation forte adressée aux États, aux institutions internationales et aux entreprises technologiques. Le GIGS exhorte désormais les autorités éducatives africaines à intégrer rapidement la projection Equal Earth dans les manuels scolaires et les programmes pédagogiques. L'enjeu est de transformer l'expérience numérique quotidienne des citoyens en incitant les géants de la tech à mettre à jour leurs interfaces par défaut. Pour les défenseurs de cette réforme, il s'agit d'un levier essentiel pour déconstruire les biais coloniaux ancrés dans l'architecture de perception mondiale et pour réaffirmer la place réelle de l'Afrique dans les affaires internationales.