L'Assemblée générale des Nations Unies a officiellement adopté la projection cartographique « Equal Earth » pour remplacer la traditionnelle carte de Mercator. Cette décision vise à corriger une anomalie historique qui, depuis des décennies, minimise visuellement la taille réelle de l'Afrique et d'autres régions du Sud global au profit des zones proches des pôles.
Les limites de la projection de Mercator
Conçue en 1569 par le cartographe flamand Gérard Mercator, la carte la plus utilisée au monde répondait à un impératif technique précis : faciliter la navigation maritime européenne. En préservant les angles pour permettre aux marins de suivre des lignes droites à la boussole, cette projection a toutefois imposé une distorsion majeure. À mesure que l'on s'éloigne de l'équateur, les masses continentales apparaissent étirées. Conséquence directe : l'Afrique, pourtant 14 fois plus vaste que le Groenland, semble sur les cartes classiques avoir une superficie similaire à ce territoire.
Un enjeu de perception politique et économique
Au-delà de la simple technique, cette représentation graphique influence durablement les perceptions internationales. Le géographe kenyan Kioko Muendo souligne que la minimisation visuelle des continents africains impacte la manière dont les ressources, la démographie et les opportunités d'investissement sont perçues à l'échelle mondiale. En associant instinctivement la taille d'un territoire à son importance politique ou économique, la carte de Mercator a longtemps entretenu un biais psychologique défavorable aux nations du Sud.
La recherche d'un équilibre cartographique
La nouvelle norme « Equal Earth », adoptée par l'Union africaine en février 2026 avant d'être validée par l'ONU, propose une alternative plus fidèle aux dimensions réelles des masses continentales. Inspirée par la projection de Robinson, elle cherche à offrir une vision plus juste du globe. Toutefois, les experts rappellent qu'il est mathématiquement impossible de transférer la surface d'une sphère sur un plan sans sacrifier certains paramètres. Si « Equal Earth » rétablit l'équité des surfaces, elle perd la précision des lignes droites indispensables à la navigation, illustrant le défi permanent de la cartographie : choisir entre la fidélité des formes, des distances ou des aires.
Vers une décentration du regard
La réflexion sur la représentation du monde ne s'arrête pas à la taille des continents. Des alternatives comme les cartes inversées, plaçant le Sud en haut, ou les projections azimutales centrées sur les pôles — à l'instar du logo de l'ONU — tentent de briser le centrisme occidental. Ces modèles, bien qu'ils introduisent leurs propres distorsions géométriques, témoignent d'une volonté croissante de proposer des perspectives géographiques qui ne privilégient aucune région au détriment d'une autre.