Le Cameroun a apporté sa voix à une majorité écrasante de 163 pays pour adopter à l'ONU une résolution visant à corriger les distorsions des cartes du monde, notamment celles qui réduisent visuellement la taille de l'Afrique. Portée par le Togo au nom du continent, cette initiative interpelle la façon dont l'éducation et l'imaginaire collectif représentent les territoires.
Le Togo en première ligne des négociations
Le Togo a conduit les négociations pour le groupe africain, en s'appuyant sur une campagne soutenue par l'Union africaine. Robert Dussey, ministre togolais des Affaires étrangères, a défendu le texte devant l'assemblée : « Les cartes façonnent notre compréhension du monde. Elles guident l'éducation, nourrissent l'imaginaire et influencent les perceptions collectives. » Pour le chef de la diplomatie togolaise, il ne s'agit ni de condamner la projection de Mercator, dont l'utilité pour la navigation est reconnue, ni d'imposer une carte universelle. « Une carte juste ne change pas la géographie du monde, elle change notre façon de voir le monde », a-t-il résumé.
Equal Earth, la projection qui redonne sa taille réelle à l'Afrique
La résolution n'interdit pas la projection de Mercator, largement utilisée depuis le XVIe siècle, ni n'impose une carte unique. Elle encourage toutefois les gouvernements, les établissements scolaires, les organisations internationales et les entreprises technologiques à privilégier des représentations dites « équivalentes », qui préservent les superficies relatives. La projection Equal Earth, élaborée en 2018, est citée en exemple pour sa capacité à restituer des proportions plus fideles des continents, notamment celle de l'Afrique, systématiquement réduite sur les cartes traditionnelles.
Les États-Unis isolés, six pays s'abstiennent
Lors du vote, les États-Unis ont vote contre, qualifiant le projet d'« idéologique radical ». Seis pays – Estonie, Géorgie, Lituanie, Moldavie, Serbie et Ukraine – se sont abstenus. Le texte présente ces corrections cartographiques comme une forme de « justice cognitive et de réparation mémorielle », une formulation qui a visiblement gêné Washington mais n'a pas'empêché l'adoption à une large majorité.