La suspension du commissaire provincial de la police du Lualaba et du commandant de la Légion nationale d’intervention (LNI) marque une étape dans la lutte contre l'instrumentalisation des forces de sécurité par les entreprises privées. Cette décision fait suite à une intervention jugée irrégulière sur le site de RMC Mining à Kolwezi, en contradiction directe avec les directives présidentielles visant à assainir les périmètres miniers.
Sanctions administratives et directives présidentielles
Le 9 octobre, le gouvernement a acté le limogeage de deux hauts responsables policiers, coupables d'avoir autorisé l'affectation d'éléments de la LNI au profit d'une société privée. Cette mesure s'inscrit dans le cadre des instructions données par le chef de l'État en juillet dernier, lesquelles imposaient le retrait immédiat des militaires et policiers non éligibles des carrés miniers. Selon le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, ces officiers ont agi en violation flagrante des ordres officiels, justifiant ainsi cette réponse administrative immédiate.
L'exigence de poursuites pénales
Pour l'organisation de défense des droits humains Justicia ASBL, la sanction administrative ne constitue qu'une première étape. Son président, Timothée Mbuya, insiste sur la nécessité de traduire les officiers mis en cause devant leurs juges naturels. L'ONG soutient que la responsabilité pénale des commandants doit être établie pour garantir que l'usage des forces de sécurité ne soit plus détourné à des fins privées. Justicia ASBL appelle ainsi les instances judiciaires à se saisir du dossier pour engager des poursuites systématiques.
Un enjeu d'assainissement du secteur extractif
Au-delà du cas spécifique de RMC Mining, l'ONG alerte sur une pratique généralisée dans le Grand Katanga. Selon ses estimations, près de 90 % des entreprises minières du Lualaba et du Haut-Katanga maintiendraient une présence illégale de forces de défense et de sécurité sur leurs sites. Justicia ASBL dénonce une inertie persistante, soulignant que deux mois après les annonces présidentielles, la démilitarisation des zones minières reste largement inappliquée. L'organisation exhorte désormais les autorités à étendre les mesures de retrait à l'ensemble du secteur extractif pour restaurer l'autorité de l'État et mettre fin à ces déploiements irréguliers.