L'ouverture de la session parlementaire au Sénégal est marquée par une offensive de grande ampleur menée par le président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko. En initiant cinq commissions d'enquête sur la gestion des ressources publiques, le leader de Pastef place l'Exécutif sous une pression inédite, oscillant entre exigence de transparence et manœuvre politique complexe.
Ciblage des dossiers de l'ère Macky Sall
Le périmètre des investigations parlementaires se concentre prioritairement sur l'héritage de l'ancien président Macky Sall. Parmi les dossiers visés figurent l'affaire Petro-Tim-Kosmos Energy, la gestion des fonds spéciaux de la Primature, du Haut Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT) et du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) sur la période 2012-2026. Sont également scrutés les programmes financés par Banco Santander, notamment ceux liés à l'Agence Sénégalaise d'Électrification Rurale (ASER) et à la société Intermac. Ousmane Sonko a précisé que ces commissions ne se substituent pas à l'appareil judiciaire, mais visent à instaurer une reddition des comptes rigoureuse.
Une stratégie à double tranchant pour le pouvoir
Si le principe du contrôle parlementaire est constitutionnellement fondé, la méthode employée soulève des inquiétudes quant à son instrumentalisation. L'analyste politique Ibrahima Bakhoum souligne le risque de « règlement de comptes » déguisé en transparence. La mise en scène publique des auditions pourrait, selon lui, porter atteinte à la présomption d'innocence des personnes convoquées avant même toute décision de justice. Cette stratégie vise également à remobiliser la base militante de Pastef, alors que les procédures judiciaires classiques contre d'anciens responsables n'ont pas encore abouti aux résultats escomptés par le parti.
L'embarras potentiel pour le président Bassirou Diomaye Faye
Au-delà de l'ancien régime, cette offensive pourrait fragiliser le président Bassirou Diomaye Faye. En ciblant des responsables de l'ère Sall ayant rejoint la mouvance présidentielle actuelle, Pastef place le chef de l'État dans une position délicate. L'analyste Ibrahima Bakhoum note que cette dynamique cherche à démontrer que les nouveaux alliés du pouvoir n'ont pas « les mains propres ». Le calendrier parlementaire, qui télescope parfois les priorités de l'Exécutif — comme l'enquête sur le Plan décennal de lutte contre les inondations lancée alors que le gouvernement s'attelle à l'audit de l'assainissement — confirme que l'Assemblée nationale entend désormais peser directement sur l'agenda et la crédibilité du pouvoir en place.