L'Observatoire Social, think & do tank basé à Casablanca, initie le déploiement de l'Indice Africain du Progrès Social (IAPS). Ce projet ambitionne de substituer aux grilles de lecture internationales des indicateurs plus fidèles aux dynamiques réelles du continent, en s'appuyant sur une démarche de co-construction panafricaine.
Dépasser les angles morts méthodologiques
Le constat de l'Observatoire Social est clair : les outils statistiques actuels échouent souvent à saisir la complexité du terrain africain. Oumaima Mhijir, présidente exécutive de l'organisation, dénonce un « angle mort méthodologique » qui empêche une lecture juste du progrès. À titre d'exemple, le poids massif de l'économie informelle, qui représente plus de 86 % des emplois en Afrique subsaharienne selon l'OIT, est souvent mal appréhendé par les modèles classiques. De même, la prédominance du mobile money, dont les transactions ont atteint 1 400 milliards de dollars en 2025, ou les succès de la reconnaissance foncière communautaire au Rwanda, illustrent des réalités économiques que les indicateurs standards peinent à valoriser.
Une approche fondée sur les capacités réelles
L'IAPS ne se veut pas une rupture brutale avec les méthodologies existantes, mais une évolution nécessaire. Il s'inspire de l'approche des « capacités réelles » développée par l'économiste Amartya Sen et adaptée au contexte africain par Thandika Mkandawire. L'objectif est de bâtir une architecture statistique capable d'intégrer les spécificités locales, telles que les régimes fonciers coutumiers et les mécanismes d'inclusion financière communautaires, afin de mieux refléter le développement humain et social sur le continent.
Appel à une souveraineté statistique
Pour Oumaima Mhijir, la maîtrise des outils de mesure est une condition sine qua non de la souveraineté politique. L'Observatoire Social lance donc un appel à une large collaboration impliquant les universités, les instituts nationaux de statistique, les banques centrales et les acteurs de terrain. Des institutions comme le CODESRIA, l'African Economic Research Consortium ou encore l'Institut panafricain de statistique de l'Union africaine sont invitées à contribuer à ce référentiel évolutif. L'initiative, qui se présente comme un prolongement de la Charte africaine de la statistique, vise à doter le continent de moyens autonomes pour nommer et revendiquer ses propres avancées sociales.