La multiplication des recours juridiques après les scrutins au Nigeria fragilise la souveraineté populaire et la confiance des citoyens envers les institutions démocratiques. Mazi Afam Osigwe, ancien président de l'Association du Barreau nigérian, a mis en garde contre une « judiciarisation » excessive qui conduit les tribunaux à se substituer aux électeurs pour désigner les représentants politiques.
Le risque d'une démocratie par procuration
Lors de la 22e conférence annuelle des éditeurs nigérians, Mazi Afam Osigwe a souligné que le système électoral est devenu trop dépendant des décisions judiciaires. Cette tendance, où les tribunaux sont sollicités pour trancher l'issue des élections plutôt que pour résoudre des litiges juridiques ponctuels, alimente un sentiment de désillusion chez les citoyens. Selon l'expert, cette perception que le vote n'est qu'une étape préliminaire à une bataille juridique décisive favorise l'abstention et affaiblit la légitimité des élus.
Les limites techniques et probatoires
L'introduction de technologies comme le système d'accréditation BVAS et le portail de visualisation des résultats (IReV) devait initialement renforcer la transparence. Cependant, les exigences de preuve imposées aux pétitionnaires, couplées à des délais légaux extrêmement serrés, rendent la contestation des résultats complexe. Mazi Afam Osigwe pointe notamment l'inefficacité croissante des assignations à comparaître (subpoenas) et les difficultés logistiques à obtenir des preuves électroniques probantes, ce qui entrave la capacité des plaignants à démontrer d'éventuelles irrégularités.
L'indépendance de la commission électorale en question
Au-delà de la sphère judiciaire, l'intégrité de la Commission électorale nationale indépendante (INEC) est remise en cause par ses méthodes de recrutement et le recours à du personnel ad hoc. Les critiques portent également sur les commissions électorales étatiques, souvent perçues comme inféodées aux partis au pouvoir. Pour l'ancien bâtonnier, la crédibilité d'un scrutin ne dépend pas seulement de la proclamation d'un vainqueur, mais du respect strict des procédures légales tout au long du processus.
Vers une réforme structurelle nécessaire
Face à ces défis, Mazi Afam Osigwe appelle à une réforme profonde du système électoral nigérian plutôt qu'à une dépendance continue envers les tribunaux. Il suggère notamment une gestion interne plus rigoureuse des litiges au sein des partis politiques pour éviter d'exposer inutilement la justice à des pressions politiques. L'enjeu est de taille : restaurer la confiance publique dans les institutions en garantissant que le verdict des urnes soit, en pratique comme en droit, le seul déterminant de la volonté populaire.