Face à la montée en puissance de l'intelligence artificielle générative, le secteur médiatique est appelé à redéfinir ses pratiques professionnelles. Le Dr Kouamé William Yoboué, enseignant-chercheur à l'ISTC-Polytechnique d'Abidjan, préconise l'instauration d'un contrat social et professionnel fondé sur une co-responsabilité stricte entre l'outil technologique et le journaliste.
Un cadre éthique pour la transparence algorithmique
Pour le chercheur, l'intégration de l'IA dans les rédactions ne doit pas se faire au détriment de la déontologie. Il propose un modèle basé sur la transparence algorithmique, imposant aux médias de signaler systématiquement les contenus générés ou assistés par des systèmes automatisés. Ce cadre repose également sur le principe de non-malfaisance informationnelle, visant à prévenir la diffusion de contenus malveillants. La responsabilité juridique, quant à elle, doit être distribuée entre le concepteur de l'outil, l'utilisateur professionnel et l'organe de presse diffuseur.
La primauté de la décision humaine dans le fact-checking
Malgré les capacités d'accélération offertes par les nouvelles technologies, le Dr Yoboué insiste sur le fait que la vérification des faits demeure une prérogative exclusivement humaine. L'IA, bien qu'utile pour la veille, la transcription ou la traduction, présente des risques d'erreurs et de fabrications de fausses informations. Le journaliste a l'obligation de ne jamais publier sans un recoupement rigoureux des sources. L'utilisation de l'IA pour manipuler des images, créer de faux témoignages ou altérer des citations est formellement condamnée au regard des impératifs de dignité humaine et de respect de la vie privée.
Vers une hybridation des compétences journalistiques
L'avenir du métier réside dans la maîtrise d'une triple intelligence : artificielle, critique et humaine. Si l'IA permet un gain de productivité sur les tâches techniques, elle ne saurait remplacer l'analyse et la contextualisation, qui constituent le cœur de la valeur ajoutée journalistique. Le protocole de travail idéal consiste à utiliser l'IA comme un outil de détection des incohérences et d'accélération de la recherche, tout en maintenant une vigilance constante sur les métadonnées et les indices visuels ou sonores. In fine, la décision éditoriale doit toujours rester entre les mains du professionnel, garant de la vérité auprès du public.