L'adhésion de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) au Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) marque une étape décisive pour l'intégration économique du continent. Si cette infrastructure promet de révolutionner les échanges en permettant des transactions instantanées en monnaies locales, elle soulève des inquiétudes légitimes sur la capacité des régulateurs à prévenir les flux financiers illicites.
Une accélération des échanges sous haute surveillance
Depuis le 9 juillet, la zone CEMAC a rejoint le réseau PAPSS, qui connecte désormais 30 pays africains et plus de 200 institutions financières. Ce système offre une alternative rapide et moins coûteuse aux circuits bancaires internationaux traditionnels, souvent complexes et onéreux. En facilitant les paiements transfrontaliers, le PAPSS soutient concrètement les objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), tout en réduisant la dépendance aux devises étrangères et aux réseaux informels de transfert de fonds.
Le paradoxe de la vitesse face à la conformité
Le défi majeur réside dans la nature même du PAPSS : l'irrévocabilité et l'instantanéité des paiements. Alors que les réglementations de la CEMAC exigent des procédures de contrôle, de domiciliation et de déclaration souvent chronophages, le système de paiement, lui, finalise les opérations en quelques secondes. Ce décalage temporel crée une vulnérabilité critique : lorsqu'une fraude est détectée, les fonds ont souvent déjà été retirés ou transférés vers d'autres juridictions, rendant toute intervention des autorités quasi impossible.
Des failles structurelles dans la lutte anti-blanchiment
La région fait face à des difficultés persistantes dans l'application des normes du Groupe d'action financière (GAFI). Le Cameroun, poids lourd économique de la zone, demeure sous surveillance renforcée, soulignant les lacunes en matière de renseignement financier et de coopération inter-autorités. À cela s'ajoute un faible taux de bancarisation, inférieur à 13 %, qui favorise l'injection de liquidités d'origine douteuse dans le système formel via des comptes fintech ou bancaires peu regardants sur les procédures « connaissance client » (KYC).
Vers une harmonisation des standards de contrôle
Pour éviter que le PAPSS ne devienne un vecteur de criminalité financière, une harmonisation des standards de conformité est indispensable. L'enjeu est de mettre en place des mécanismes de filtrage communs, une identification rigoureuse des bénéficiaires effectifs et un partage sécurisé d'informations entre les pays membres. La réussite de cette intégration financière ne dépendra pas seulement de la célérité des transactions, mais de la capacité des États à garantir la traçabilité et la légalité des flux, sous peine de voir les réseaux criminels exploiter les maillons les plus faibles de la chaîne pour déstabiliser l'ensemble du réseau continental.