L'instrumentalisation de la violence politique : un héritage qui menace la stabilité du Nigeria

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 27 lectures
L'instrumentalisation de la violence politique : un héritage qui menace la stabilité du Nigeria

Le récent assassinat de l'influenceur et commentateur politique Ibrahim Khalil, alias Dan Shagamu, à Kano, ravive les craintes sur la persistance de la violence politique au Nigeria. Ce crime, marqué par une brutalité extrême, s'inscrit dans une lignée historique de règlements de comptes où les milices agissent comme des bras armés au service d'intérêts partisans, menaçant la sécurité publique et les libertés fondamentales.

Une récurrence historique de l'impunité

L'assassinat de Dan Shagamu, critique virulent du gouvernement et des autorités locales, rappelle tragiquement le meurtre du Dr Bala Mohammed en 1981. Figure intellectuelle de la Deuxième République, ce dernier avait été lynché par une foule instrumentalisée dans un contexte de tensions entre le pouvoir fédéral et l'État de Kano. Dans les deux cas, le recours à des « gros bras » pour faire taire l'opposition souligne une mécanique de violence tolérée, voire encouragée, par une classe politique cherchant à verrouiller le débat public par la terreur.

La mutation des milices en acteurs politiques

Historiquement, le paysage politique nigérian a vu l'émergence de groupes de pression violents, souvent issus des syndicats de transporteurs ou de réseaux de rue. Ces structures, initialement économiques, ont été progressivement intégrées à l'appareil électoral. En échange de missions de répression, de suppression de votes ou d'obstruction des opposants, ces groupes bénéficient d'une immunité de fait et d'un accès aux ressources publiques. Cette professionnalisation de la violence transforme les acteurs de rue en véritables courtiers du pouvoir, capables d'imposer leurs règles au détriment des institutions démocratiques.

Le risque d'une déstabilisation systémique

L'incident récent impliquant le candidat à la présidentielle Peter Obi dans l'État de Benue illustre la fragilité du climat politique actuel. L'obstruction de sa liberté de mouvement par des groupes armés démontre que la doctrine de la « force brute » prévaut toujours sur le débat démocratique. Le danger majeur réside dans la pérennisation de ces structures : les armes distribuées lors des cycles électoraux ne disparaissent pas une fois les scrutins clos, alimentant le grand banditisme, les enlèvements et les conflits intercommunautaires.

L'urgence d'une rupture institutionnelle

Pour éviter que le pays ne sombre dans une spirale où la politique est dictée par la loi du plus fort, une action judiciaire ferme est nécessaire. L'impunité dont jouissent les commanditaires et les exécutants de ces violences constitue le principal moteur de cette instabilité. Le démantèlement des réseaux de milices et la poursuite pénale de leurs parrains politiques apparaissent comme les conditions sine qua non pour restaurer l'État de droit et garantir que les futures échéances électorales ne se transforment pas en affrontements armés.

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