La plainte déposée par Pape Abdoulaye Touré le 9 septembre 2024 pour des faits présumés de séquestration, d'enlèvement et de torture, survenus en juin 2023, place la justice sénégalaise face à un dossier complexe. Si trois personnalités de premier plan sont citées, l'instruction n'a pour l'heure débouché sur aucune inculpation, soulignant les défis juridiques liés à l'établissement des responsabilités dans une affaire impliquant d'anciens hauts responsables de l'État.
Le rôle des vigiles et la chaîne de commandement
Quatre personnes, dont deux vigiles employés par l'ancien ministre Pape Malick Ndour et deux agents du Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD), ont été placées en garde à vue. Lors de leurs auditions, ces derniers ont contesté les faits. Les vigiles affirment avoir remis le plaignant à des éléments de la gendarmerie, tandis que les agents du COUD nient toute implication. La reconstitution des faits par la Section de recherches de Colobane a permis de situer la scène dans une zone sous haute surveillance, sans toutefois établir de lien direct entre cette proximité géographique et des instructions émanant des personnalités visées. L'enquête se concentre désormais sur l'identification d'un agent surnommé « Chef Sow » et sur la chaîne de commandement au sein de la gendarmerie.
Les obstacles juridiques liés au statut des mis en cause
La procédure se heurte à des spécificités constitutionnelles concernant les anciens ministres Antoine Félix Diome et Pape Malick Ndour. En vertu de l'article 101 de la Constitution, les actes commis dans l'exercice de leurs fonctions relèvent de la Haute Cour de justice, une juridiction dont la saisine requiert un vote préalable de l'Assemblée nationale. Cette disposition complexifie l'instruction, le parquet devant déterminer si les faits reprochés sont détachables ou non de leurs anciennes fonctions ministérielles. Quant à l'ancien haut commandant de la gendarmerie, Moussa Fall, sa situation dépendra de la capacité des enquêteurs à démontrer l'existence d'ordres directs donnés durant la nuit des faits.
Une procédure sous tension politique
Pape Malick Ndour, qui a récemment fait l'objet d'une convocation à la Section de recherches après avoir été empêché de quitter le territoire, conteste fermement les accusations. Il dénonce une instrumentalisation politique de la justice et qualifie les allégations de complicité de torture de « pur fantasme ». De leur côté, Antoine Félix Diome et Moussa Fall n'ont pas formulé de commentaires publics sur ce dossier. Pour que l'instruction progresse vers une inculpation, le parquet devra obtenir des éléments probants reliant directement ces personnalités aux actes dénoncés, une étape cruciale qui reste, à ce stade, en suspens.