Une récente note de l'Institut Montaigne, intitulée « Sortir de l’émotion », propose une refonte profonde des relations entre la France et l'Algérie. Sous couvert d'une approche technique baptisée « désensibilisation flexible », le think tank préconise des mesures de fermeté unilatérales tout en recommandant un désengagement de l'État français vis-à-vis des intérêts économiques nationaux sur le sol algérien.
Une stratégie de rupture sous couvert de neutralité
Le document, qui se veut une alternative à la continuité ou à la rupture brutale, suggère des mesures restrictives significatives. Celles-ci incluent la fin de l'accord migratoire de 1968, une réduction drastique des échanges ministériels, ainsi qu'une baisse des bourses étudiantes et du soutien aux programmes culturels. Cette approche, présentée comme une gestion rationnelle, est perçue par les observateurs comme une tentative de répondre aux enjeux de politique intérieure française, notamment dans la perspective de l'échéance présidentielle de 2027.
Le déclin de la présence économique française
La note dresse un constat lucide sur l'érosion des positions économiques françaises en Algérie. Les auteurs documentent le retrait de groupes comme Michelin, les difficultés persistantes de l'usine Renault d'Oran et la perte de parts de marché majeures dans le secteur céréalier, désormais largement capté par la Russie. Le document souligne également une anomalie statistique : les investissements français en Algérie atteignent 2,8 milliards d'euros, un montant identique à ceux réalisés en Tunisie, pays dont le poids économique est pourtant nettement inférieur.
Le paradoxe du retrait de l'État
Face à ce recul, la recommandation centrale de l'Institut Montaigne est le « découplage » entre l'action diplomatique de l'État et les activités des entreprises privées. Ces dernières seraient désormais appelées à évoluer dans un cadre purement transactionnel, sans appui politique. Cette préconisation soulève des interrogations sur la neutralité du rapport, étant donné que le think tank est financé par de grands groupes industriels, dont certains, comme Renault, TotalEnergies ou CMA CGM, sont directement cités dans l'analyse pour leurs intérêts ou leurs difficultés sur le marché algérien.
Une méthodologie contestée
La crédibilité de cette note est fragilisée par le caractère unilatéral de son élaboration. Les auteurs reconnaissent avoir construit leurs scénarios selon un point de vue exclusivement français, sans consultation formelle des autorités ou des acteurs algériens. En outre, le document s'appuie sur des hypothèses non étayées, évoquant notamment un « risque insurrectionnel » en France lié à des influences étrangères, une rhétorique qui, selon les critiques, contribue à alimenter l'émotion que le rapport prétend pourtant vouloir apaiser.