Huit jours après l'incendie qui a coûté la vie à quatorze nouveau-nés dans une maternité d'Islamabad, l'infirmière Razia Noreen lève le voile sur ce matin fatal du 26 août 2026. Seule survivante du service de néonatalogie du Pakistan Institute of Medical Sciences (PIMS), elle décrit une tempête de feu et de fumée contre laquelle elle n'a pu tenir. Son témoignage éclaire aussi les carences structurelles d'un système hospitalier public sous tension.
6h38 : l'alerte puis la course
Razia Noreen se trouvait à l'armoire à pharmacie, à deux portes de la nurserie, lorsqu'elle a vu à travers la vitre un éclat rouge inhabituel. Elle n'a pas pris le temps d'analyser la situation. « J'ai dit à ma collègue : sauvez les bebés. Je suis entrée. Je n'ai pas réfléchi à ce qui pouvait m'arriver », a-t-elle relaté. Selon les horodatages des caméras de surveillance, compilés par une commission d'enquête gouvernementale, elle s'est engouffrée dans le service à 6h38 et 56 secondes. Huit secondes plus tard, elle en ressortait avec un nouveau-né dans les bras.
La nurserie engloutie
Elle a tenté de revenir. Deux autres soignants — le Dr Rimsha et la sœur Nasreen — l'ont rejointe pour ramper sous la fumée. Une coupure de courant soudaine a plongé la pièce dans l'obscurité. Il était 6h40. Les caméras ne distinguaient plus rien. Quatorze des quinze nouveau-nés présents ce matin-là ont péri. Le bébé sauvé par Noreen, né prématuré à un peu plus d'un kilogramme, restait en état critique une semaine plus tard dans l'unité de soins intensifs néonatals. L'enquête officielle, déposée le 28 août, n'a pas établi la cause précise de l'incendie : trois hypothèses — climatiseur, incubateur ou court-circuit électrique — restent ouvertes.
Sous-effectif et absence d'exercice anti-incendie
Ce matin-là, comme souvent, deux infirmières seulement assuraient la surveillance de quinze à vingt-cinq nouveau-nés, secondées par deux médecins dont l'un se trouvait à deux pièces de distance. « Parfois, il y a vingt bebés, parfois vingt-cinq. C'est toujours les deux d'entre nous », a témoigné Noreen. Les équipes médicales travaillent des gardes de trente-six heures. Aucun exercice d'évacuation n'avait été organisé dans la nurserie avant le drame, ni même après un précédent incendie dans un pavillon adjacent en juillet. L'infirmière a listé ce qui lui semble indispensable : extincteurs à portée, ventilation pour dissiper la fumée, et surtout un parcours d'évacuation répété pour des vulnérables qui ne peuvent ni marcher ni appeler à l'aide.
La récompense et le poids des mots
Le 3 septembre, le Premier ministre Shehbaz Sharif l'a reçue à Islamabad, la qualifiant de « fille de la nation » et promettant que son acte serait « inscrit en lettres d'or » dans l'histoire du Pakistan. Elle a reçu un chèque de dix millions de rupees pakistanais, soit environ 36 000 dollars, et doit se voir décerner la Sitara-i-Khidmat (Étoile du Service), distinction civile nationale. À cette occasion, Noreen a relativisé : « Mes collègues travaillent avec tout autant de dévouement. C'était un incident terriblement douloureux. »
Les nuits qui ne viennent pas
Huit jours après le drame, Noreen ne dort plus. Elle souffre de fièvre intermittente et d'une toux qu'elle attribue aux fumées inhalées. Antibiotiques et somniferes restent sans effet. « Je ferme les yeux, et je les rouvre. Les cris des mères, les cris des bebés qui ont dû hurler : voilà ce qui m'empêche de dormir », a-t-elle confié. Elle n'a pu joindre elle-même sa famille : son téléphone, abandonné sur la table de préparation, a séjourné toute une nuit dans le service calciné avant que les gardes ne le lui rendent. C'est sa nièce, présente à la résidence du personnel ce matin-là, qui a annoncé à ses proches à Lahore qu'elle était vivante. Elle a rencontré les parents du bebé qu'elle a sauvé la veille de sa rencontre avec le Premier ministre. « Elle m'a enlacée, elle m'a remerciée, elle a pleuré, et j'ai pleuré avec elle. Parce que pour les quatorze autres, mon cœur est resté exactement là où il était. »