L'inefficacité des institutions anticorruption au Ghana interroge la volonté politique réelle

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 36 lectures
L'inefficacité des institutions anticorruption au Ghana interroge la volonté politique réelle

La multiplication des structures dédiées à la lutte contre la corruption au Ghana ne semble pas freiner la progression du phénomène. Sulemana Braimah, directeur exécutif de la Media Foundation for West Africa, pointe du doigt une approche institutionnelle qui privilégie la création de nouveaux organes au détriment de résultats concrets et d'une indépendance réelle.

Une inflation institutionnelle sans résultats probants

Le paysage institutionnel ghanéen est dense : avant même la création du Bureau du Procureur spécial (OSP), le pays disposait déjà de plusieurs entités chargées de traquer les malversations, telles que l'Office des crimes économiques et organisés (EOCO), le Centre de renseignement financier (FIC), la police criminelle (CID) ou encore la Commission des droits de l'homme et de la justice administrative (CHRAJ). Selon Sulemana Braimah, cette accumulation d'organismes n'a pas permis d'endiguer la corruption. Il souligne que même des institutions constitutionnellement indépendantes comme la CHRAJ souffrent de contraintes capacitaires majeures qui entravent leur capacité à mener des poursuites judiciaires effectives.

Le défi de l'indépendance face au pouvoir exécutif

Au cœur de la critique figure le mode de nomination des responsables de ces institutions. Le fait que le Procureur spécial soit nommé par le Président de la République soulève, selon l'expert, des doutes persistants sur l'impartialité réelle de l'institution, particulièrement lorsque les dossiers impliquent des membres du parti au pouvoir. Cette dépendance structurelle vis-à-vis de l'exécutif, quel que soit le gouvernement en place, fragilise la crédibilité des enquêtes. L'analyste s'interroge sur la capacité réelle de ces structures à poursuivre des alliés politiques, suggérant que la création de nouveaux organes pourrait répondre davantage à une convenance politique qu'à une volonté sincère de réforme.

L'exigence citoyenne de résultats tangibles

Au-delà des débats sur les structures, l'opinion publique ghanéenne manifeste une lassitude croissante face aux annonces et aux conférences de presse qui ne débouchent pas sur des condamnations. L'exemple récent du dossier de corruption présumée lié au projet de logements sociaux ASKA illustre cette méfiance. Pour Sulemana Braimah, le succès de la lutte contre la corruption ne se mesure pas au nombre d'initiatives lancées — comme le récent programme « Operation Recover All Loot » (ORAL) — mais à la capacité des institutions à transformer les enquêtes en résultats judiciaires. L'absence de preuves tangibles d'impact après plusieurs années d'exercice de l'actuel Procureur spécial renforce le sentiment que le pays est engagé dans une fuite en avant institutionnelle, sans s'attaquer aux racines profondes de la corruption.

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