Face à l'urgence climatique, les géants de l'industrie pharmaceutique réorientent leur production vers des dispositifs respiratoires moins polluants. En investissant des centaines de millions d'euros sur le sol français, AstraZeneca, GSK et Chiesi transforment leurs sites industriels pour remplacer les gaz propulseurs à fort impact environnemental par des alternatives bas carbone.
Un enjeu écologique majeur pour le secteur
Le recours aux inhalateurs pressurisés traditionnels pour traiter l'asthme ou la BPCO représente un défi environnemental méconnu. Ces dispositifs utilisent des gaz fluorés dont le pouvoir de réchauffement est 1 300 à 3 350 fois supérieur à celui du CO2. Selon les estimations du Shift Project, la consommation de ces traitements en France générait, en 2025, environ 400 000 tonnes d'équivalent CO2, soit l'équivalent de 45 000 tours de la Terre en voiture thermique. Cette catégorie de produits pèse à elle seule entre 3 et 4 % du bilan carbone global de l'industrie pharmaceutique, rendant leur décarbonation impérative face aux nouvelles exigences réglementaires.
La France, épicentre de la mutation industrielle
L'Hexagone s'impose désormais comme le pôle stratégique de cette transition. AstraZeneca a ouvert la voie avec son site de Dunkerque, où l'entreprise a injecté 500 millions d'euros pour industrialiser ses nouveaux inhalateurs. Le laboratoire s'est fixé pour objectif de basculer l'intégralité de sa production vers le bas carbone d'ici 2032. Ce mouvement est suivi par GSK, qui a engagé 350 millions d'euros à Évreux pour moderniser ses lignes de production dédiées à la Ventoline, avec une commercialisation des nouveaux modèles prévue pour 2027.
Des investissements lourds pour une réduction de 90 %
La transition vers ces dispositifs nécessite des années de recherche et de validation clinique. Le laboratoire italien Chiesi illustre cet effort avec un investissement de 150 millions d'euros sur une décennie, incluant l'extension de son site près de Blois. Ces projets visent une réduction minimale de 90 % des émissions de CO2 par rapport aux inhalateurs classiques. Alors que les demandes d'autorisation de mise sur le marché sont en cours d'examen au niveau européen, ces initiatives marquent une étape décisive pour concilier impératifs de santé publique et responsabilité environnementale à grande échelle.