L'industrie avicole nigériane, pilier potentiel de l'autosuffisance alimentaire, s'effondre sous le poids des coûts de production insoutenables et des pénuries chroniques. Entre hausse des prix des aliments pour bétail, inflation des coûts énergétiques et accès limité aux poussins d'un jour, le secteur perd son rôle de fournisseur abordable de protéines, menaçant emplois, nutrition et stabilité économique.
Un secteur asphyxié par des coûts de production explosifs
Les intrants représentent jusqu'à 70 % des coûts de production dans l'aviculture nigériane, avec une flambée des prix du maïs et du soja, deux composantes majeures des aliments pour volailles. Les factures d'électricité et de transport, couplées à des difficultés d'accès au crédit, aggravent la situation. Résultat : les poussins d'un jour, autrefois vendus à 1 200 nairas, s'échangent désormais entre 2 200 et 3 000 nairas, tandis que les œufs atteignent 200 à 300 nairas l'unité sur certains marchés. Cette crise dépasse le cadre agricole : elle devient une urgence nutritionnelle, privant les ménages d'une source essentielle de protéines abordables.
Des réformes en demi-teinte face à une industrie sous tension
Face à l'urgence, l'Association nigériane des aviculteurs (PAN) et d'autres acteurs réclament des mesures structurelles : accès à des financements bonifiés, réduction des coûts des intrants, amélioration de la génétique des volailles, renforcement des services vétérinaires et mise en place d'infrastructures modernes de transformation et de chaîne du froid. Le gouvernement fédéral tente d'agir, avec un projet de 1 milliard de dollars pour booster la production d'œufs et de poulets, et un autre de 900 millions de dollars, soutenu par la Chine, visant six fermes intégrées produisant six millions d'œufs par jour. Des initiatives locales, comme une usine de poudre d'œuf à Lagos ou un projet intégré à Kaduna incluant la culture de maïs et de soja, montrent une volonté de diversification.
L'urgence d'une politique avicole coordonnée
Pourtant, ces mesures restent insuffisantes sans une refonte globale de la filière. Les experts soulignent que l'aviculture prospère là où génétique, alimentation, santé animale, transformation et logistique sont développés de manière intégrée. Le Nigeria doit lancer un programme national de compétitivité avicole, combinant crédits à long terme à taux préférentiels, production locale de souches parentales, clusters de maïs et soja, couvoirs modernes et services de conseil agricole. Le gouvernement pourrait aussi sécuriser des débouchés stables en réservant une partie de ses achats publics (écoles, hôpitaux, prisons, armée) aux producteurs locaux, tout en luttant contre la contrebande et en imposant des normes strictes. Une telle approche transformerait l'aviculture en levier économique : baisse des prix des protéines, réduction des importations alimentaires, création d'emplois et opportunités d'exportation vers l'Afrique de l'Ouest.