Le secteur automobile européen traverse une zone de turbulences, marquée par une volonté italienne de durcir les règles d'origine des composants industriels. L'association italienne Anfia conteste le projet européen d'Industrial Accelerator Act (IAA), craignant que l'assimilation des pièces produites au Maroc ou en Turquie au « Made in Europe » ne fragilise davantage la compétitivité des équipementiers transalpins face à la concurrence chinoise.
La remise en cause du cumul diagonal
Au cœur du débat se trouve l'accord d'association euro-méditerranéen de 2000, qui permet aux constructeurs comme Renault et Stellantis d'intégrer leurs sites marocains dans une chaîne de valeur continentale. Si Rabat défend la légitimité de ce statut, s'appuyant sur le mécanisme de cumul diagonal, l'Anfia estime que cette ouverture dilue la préférence européenne. Le président de l'association, Roberto Vavassori, redoute que ce dispositif n'encourage les importations au détriment de la production locale, dans un contexte où les exportations italiennes vers l'Allemagne, principal débouché, sont en net recul.
Vers une redéfinition des critères d'éligibilité
La proposition initiale de la Commission européenne, présentée en mars 2026, prévoyait une reconnaissance automatique du contenu issu des pays partenaires. Toutefois, sous la pression de plusieurs filières nationales, dont la Plateforme automobile française (PFA), le Parlement européen envisage de durcir ces conditions. À l'avenir, l'assimilation au contenu européen ne serait plus systématique mais conditionnée à des critères stricts : réciprocité commerciale, alignement sur les normes sociales et environnementales de l'UE, et surtout, une clause visant à prévenir le contournement des règles par des investissements tiers, notamment chinois.
Un paysage européen divisé
La position italienne, qui réclame également des droits de douane élevés sur les véhicules chinois, se heurte à la prudence de l'Allemagne. Berlin, soucieux d'éviter des représailles commerciales de Pékin, privilégie une approche plus inclusive, souhaitant maintenir des liens avec une quarantaine de pays partenaires. Cette divergence illustre la difficulté pour l'Union européenne de concilier ses ambitions de souveraineté industrielle avec ses engagements de libre-échange. Pour le Maroc, l'enjeu est de taille : la pérennité de son intégration dans les chaînes de valeur européennes dépendra désormais de la capacité du Royaume à démontrer une conformité totale avec les nouvelles exigences normatives et stratégiques de Bruxelles.