Face à l'intensification des besoins sur les théâtres d'opérations, le secteur de la défense européen opère une mutation industrielle majeure en s'appuyant sur les capacités de production de masse de l'automobile. Cette stratégie vise à passer d'une fabrication artisanale à une cadence industrielle, permettant de répondre aux commandes massives de la Direction générale de l'armement (DGA) française.
Le passage à l'échelle industrielle chez Schaeffler
L'équipementier allemand Schaeffler, spécialisé dans les composants automobiles, va transformer l'un de ses sites français pour assembler les munitions téléopérées MX-10 Damocles. Ce partenariat avec le français Delair et le groupe KNDS permettra de faire bondir la production de 10 à 100 unités par jour dès novembre. L'expertise de Schaeffler en matière de grande série est ici déterminante pour garantir une montée en puissance rapide, essentielle pour assurer la résilience de la base industrielle de défense européenne.
Le modèle des MX-10 Damocles
Le MX-10 Damocles est un drone kamikaze conçu pour neutraliser des blindés légers ou des embarcations militaires grâce à une charge explosive de 500 grammes. Développé par Delair pour la partie aérienne et KNDS pour la tête militaire, ce système est qualifié par la DGA et conçu pour opérer dans des environnements où les signaux GPS et radio sont brouillés. La capacité d'évolution logicielle intégrée au système permet de maintenir l'efficacité du drone face aux nouvelles menaces technologiques sur le terrain.
Une mutation sectorielle plus large
L'implication de Schaeffler n'est pas un cas isolé, mais s'inscrit dans une tendance de fond où les constructeurs et équipementiers automobiles réorientent une partie de leurs lignes de production vers la défense. Renault, Valeo et Forvia ont également engagé des partenariats stratégiques pour produire des drones de divers types, allant de l'intercepteur au drone de reconnaissance. Forvia ambitionne notamment d'atteindre une capacité de 1 000 appareils par mois, répartie entre la France et l'Allemagne, illustrant une volonté de standardisation et de massification de la production militaire européenne.