L'ancien ambassadeur de France à Moscou, Jean de Gliniasty, pointe du doigt l'incapacité des puissances européennes à définir une stratégie diplomatique autonome dans le conflit ukrainien. Selon lui, l'absence de dialogue avec le Kremlin et la dépendance vis-à-vis de Washington placent l'Europe dans une position de spectateur face à une situation militaire qui ne tourne pas à l'avantage de Kiev.
Le déclin de l'influence européenne
Pour Jean de Gliniasty, l'Europe a progressivement abandonné ses capacités de médiation, laissant aux États-Unis le monopole diplomatique sur l'avenir du continent. Cette situation est aggravée par une division interne au sein de l'Union européenne, où une partie des États membres privilégie une approche militaire sans condition, malgré l'absence de perspective de victoire claire pour l'Ukraine. Le diplomate souligne que cette posture empêche la définition d'intérêts stratégiques européens cohérents, tels que le maintien d'une Ukraine démocratique et indépendante.
Le réalisme face à l'idéologie
L'ancien ambassadeur rejette fermement l'idée que prôner le dialogue avec Moscou équivaudrait à une position pro-russe. Il insiste sur la nécessité d'une approche réaliste, arguant que la vie internationale ne peut se limiter à des postures morales. Cette disqualification systématique de toute velléité de négociation paralyse, selon lui, la diplomatie européenne et empêche la préparation d'une future architecture de sécurité continentale, pourtant jugée indispensable par certains dirigeants, dont Emmanuel Macron.
La stratégie de Vladimir Poutine
La Russie, de son côté, semble peu préoccupée par l'isolement diplomatique prôné par les Occidentaux, bénéficiant du soutien ou de la neutralité d'une large partie du monde. Vladimir Poutine, fort d'une aide américaine en baisse et de difficultés économiques européennes, semble miser sur l'épuisement de l'Ukraine. Dans ce contexte, Jean de Gliniasty estime que le président russe n'est pas prêt à faire des concessions spontanées. La seule limite réelle aux ambitions territoriales du Kremlin pourrait, selon l'analyste, résulter d'un accord direct avec Donald Trump, capable d'imposer un arrêt des hostilités.