L'usage intensif de retardants chimiques lors des incendies de forêt soulève des questions sur leur impact environnemental à long terme. Si ces substances sont indispensables pour freiner la progression des flammes, leur composition chimique impose une gestion rigoureuse pour préserver les écosystèmes aquatiques.
Une composition chimique sous surveillance
Le produit de référence utilisé en France, le Fire-Trol 931, repose sur le polyphosphate d'ammonium, un sel chimique dont la structure est proche des engrais agricoles. Contrairement aux mousses anti-incendie, il ne contient pas de polluants éternels (PFAS), mais sa formulation inclut également des inhibiteurs de corrosion et de l'argile, cette dernière assurant la cohésion du largage aérien. L'oxyde de fer, qui donne au produit sa couleur rouge caractéristique, permet aux pilotes de visualiser les zones déjà traitées lors de leurs interventions.
Risques pour les milieux aquatiques
La principale préoccupation environnementale concerne le phénomène d'eutrophisation. En cas de lessivage par les pluies, les phosphates d'ammonium peuvent se retrouver dans les cours d'eau, provoquant un enrichissement excessif en nutriments et favorisant une prolifération incontrôlée d'algues. Pour limiter ces risques, des protocoles stricts sont appliqués : les largages sont proscrits à moins de 50 à 100 mètres des zones humides et des cours d'eau. Par mesure de précaution, les autorités déconseillent également la récolte de produits agricoles, tels que les raisins ou les olives, situés dans les zones ayant subi un épandage.
Vers une nouvelle génération de produits
Bien que les scientifiques s'accordent à dire que les dommages causés par un incendie non maîtrisé sont écologiquement plus graves que l'usage ponctuel de retardants, la recherche avance pour limiter l'empreinte chimique de ces interventions. Le programme de recherche Prefibio, soutenu par l'Agence nationale de la recherche, mobilise plusieurs universités et partenaires industriels pour concevoir un retardant 100 % biosourcé et biodégradable. L'objectif est de proposer une alternative efficace et respectueuse de l'environnement d'ici 2028, tout en tenant compte des contraintes opérationnelles et financières liées à la lutte contre les feux de forêt.