Malgré les réformes engagées par la Fédération algérienne de football (FAF) pour rationaliser les dépenses, six clubs de l'élite continuent d'afficher des masses salariales largement supérieures au plafond fixé. Cette situation met en lumière les limites du dispositif de régulation face à des clubs majoritairement adossés à des entreprises publiques.
Un dépassement massif des seuils réglementaires
La FAF avait instauré un plafond collectif de 50 milliards de centimes par club pour la masse salariale annuelle. Pourtant, les estimations pour la saison en cours révèlent une réalité tout autre : six formations cumulent à elles seules 910 milliards de centimes de dépenses salariales. Le CR Belouizdad arrive en tête avec 220 milliards, suivi par l'USM Alger (190 milliards), la JS Kabylie (150 milliards), le MC Alger (130 milliards), ainsi que le MC Oran et le CS Constantine (110 milliards chacun). Ces chiffres, qui excluent les primes et frais annexes, illustrent un écart allant jusqu'à 4,4 fois la limite théorique imposée par l'instance fédérale.
La porosité du cadre réglementaire
Le dispositif de la FAF, bien qu'ambitieux sur le papier, comporte des failles structurelles. Si la réglementation impose des garanties bancaires et des engagements écrits pour les clubs dépassant le seuil, elle autorise également le dépassement si les fonds proviennent de sources non publiques. Dans les faits, le plafond est davantage perçu comme une règle de gestion souple que comme une interdiction stricte. Cette interprétation a conduit à une situation où, malgré des amendes et des cautions imposées par la Direction nationale de contrôle de gestion (DNCG) en janvier 2026, les clubs concernés ont maintenu leurs niveaux de dépenses sans subir d'interdiction de recrutement durable.
L'enjeu de la dépendance aux fonds publics
La question du financement est au cœur de cette problématique, puisque les six clubs concernés sont détenus par des entreprises publiques telles que Sonatrach, Madar Holding, Serport ou Mobilis. Cette structure de propriété soulève des interrogations sur la viabilité économique du football professionnel algérien. Alors que les dépenses salariales globales de la Ligue 1 ont bondi de 64 % entre 2024 et 2025, la corrélation entre ces investissements massifs et les performances sportives reste incertaine. À ce jour, l'absence de transparence sur les comptes réels des clubs et la prudence des instances de contrôle laissent planer un doute sur la capacité réelle de la FAF à imposer une discipline financière durable dans un secteur où l'argent public reste le principal moteur.