Libye : quinze ans après la chute de Kadhafi, les factions rivales esquissent une fragile coopération économique

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 24 lectures
Libye : quinze ans après la chute de Kadhafi, les factions rivales esquissent une fragile coopération économique

Quinze ans après la chute du régime de Mouammar Kadhafi, la Libye demeure marquée par une fragmentation institutionnelle profonde. Toutefois, l'adoption récente d'un budget commun et des initiatives de coopération sécuritaire suggèrent une évolution pragmatique des rapports entre les autorités rivales de l'Est et de l'Ouest.

Une entente budgétaire inédite

En avril dernier, les deux législatures rivales qui se disputent le contrôle du pays ont franchi une étape symbolique en s'accordant sur un budget de 190 milliards de dinars, soit près de 30 milliards de dollars. Ce compromis, soutenu par les États-Unis, marque une rupture avec une décennie de blocages institutionnels. Si cette coopération budgétaire permet de maintenir une forme de continuité administrative, elle souligne également la persistance de deux pôles de pouvoir distincts qui, faute de règlement politique global, apprennent à négocier la répartition des ressources nationales.

Vers une gestion partagée des hydrocarbures

Le secteur pétrolier, pilier de l'économie libyenne, a longtemps été utilisé comme une arme de pression par les différentes factions, entraînant des fermetures répétées de terminaux et des pertes financières colossales estimées à plus de 160 milliards de dollars depuis 2011. Récemment, une tentative de gestion privée des exportations, bien que controversée, a illustré la volonté des deux camps de maintenir les flux pétroliers. Malgré ces avancées, le pays souffre d'un manque criant d'infrastructures de raffinage, obligeant la Libye à importer du carburant subventionné, une situation qui alimente les trafics et fragilise le pouvoir d'achat des citoyens face à une dépréciation marquée du dinar.

Sécurité et instabilité interne

Sur le plan sécuritaire, la ligne de front entre les milices alignées sur l'Est et l'Ouest est restée relativement stable depuis le cessez-le-feu de 2020. Un signe de détente a été observé lors d'exercices militaires conjoints à Syrte, supervisés par des responsables des deux camps. Cependant, la violence s'est déplacée vers l'intérieur des factions elles-mêmes. Des assassinats ciblés de hauts responsables sécuritaires, tant à Tripoli qu'à Benghazi, révèlent une instabilité persistante au sein des structures de pouvoir, où les rivalités personnelles et les luttes d'influence continuent de menacer la sécurité publique.

L'incertitude du processus électoral

Si tous les acteurs politiques affichent officiellement leur soutien à la tenue d'élections, aucun consensus n'a été trouvé sur les conditions de scrutin, l'éligibilité des candidats ou les prérogatives du futur gouvernement. Depuis l'échec du processus électoral de 2021, la méfiance reste la règle. Pour la population libyenne, épuisée par trois cycles de guerre, l'enjeu est désormais de savoir si ces tractations économiques pragmatiques pourront, à terme, déboucher sur un véritable partage du pouvoir et une transition démocratique stable.

Le Briefing KUMBA

L'essentiel de l'actu panafricaine, chaque matin par email.

Discussion

Commentaires

Les commentaires sont modérés avant publication. Respectez les personnes et le débat.

Aucun commentaire publié pour le moment.

Soyez le premier à participer à la discussion.

Votre pays

KUMBA priorisera les contenus de ce pays.

Aucun pays trouvé.