Le réalisateur français Gaël Mocaër, son confrère Sebastian Perez Pezzani et leur collaborateur togolais Fred Vedomey ont obtenu leur liberté provisoire après plusieurs semaines de détention. Cette affaire, qui a cristallisé les tensions diplomatiques entre Paris et Lomé, met en lumière les défis croissants liés à l'exercice du journalisme dans une zone sous haute surveillance sécuritaire.
Les circonstances d'une arrestation controversée
Les trois hommes ont été interpellés le 27 juillet dans le nord du Togo alors qu'ils tournaient un épisode de la série documentaire Les routes de l'impossible. Inculpés le 17 août pour « fausses déclarations », ils étaient accusés d'irrégularités concernant leurs visas et l'utilisation d'un drone. Si la société de production Tony Comiti assure que l'équipe était en règle et disposait d'une autorisation du ministère de la Culture, les autorités togolaises maintiennent que les intéressés n'ont pas déclaré leur statut professionnel ni leurs activités réelles aux instances de régulation.
Divergences sur les procédures de tournage
La Haute Autorité de régulation de la communication (HARC) et des sources ministérielles à Lomé affirment n'avoir reçu aucune demande d'accréditation. Selon ces sources, les réalisateurs auraient dissimulé leur identité et leur lieu de résidence, tout en opérant en dehors des zones initialement prévues pour leur reportage. Ces accusations de « dissimulation » sont formellement contestées par les personnes concernées, créant un blocage persistant sur la légalité de leur mission sur le territoire.
Un climat diplomatique sous tension
Cette libération intervient dans un contexte de relations bilatérales complexes. Le Togo, qui occupe la 97e place au classement mondial de la liberté de la presse, a récemment durci sa position vis-à-vis des médias étrangers, notamment avec la suspension prolongée de RFI et France 24. Des informations relayées par la presse locale suggèrent que cette affaire aurait pu être instrumentalisée dans le cadre de tractations politiques plus larges, impliquant notamment le sort de journalistes togolais en exil. La situation des trois hommes reste désormais placée sous contrôle judiciaire, marquant une étape dans un dossier qui souligne la fragilité des espaces de liberté médiatique dans la région.