La rédaction du Wasîlat al-Munâ, texte mystique fondamental connu sous le nom de Taysir, est indissociable, dans la mémoire collective tidiane, de la naissance de Serigne Babacar Sy en 1885. Cette concomitance temporelle est interprétée par les disciples et les chercheurs comme le signe d'une transmission spirituelle préfigurée, marquant la continuité de l'œuvre d'El Hadji Malick Sy.
Genèse d'une œuvre mystique à Ndombo Sandjiry
L'ouvrage, dont le titre signifie « la voie d'intercession », a été composé par El Hadji Malick Sy lors de son séjour à Ndombo Sandjiry, près de Richard-Toll. Ce texte, structuré autour de l'invocation des 99 Noms divins, s'inscrit dans la tradition soufie du Tawassul. Selon les témoignages recueillis, le poème a été finalisé dans un contexte de grande ferveur spirituelle, alors que le maître entretenait des échanges réguliers avec le savant Mor Sine Kane.
La symbolique de la transmission filiale
La tradition rapporte qu'au moment précis où El Hadji Malick Sy achevait le dernier vers du Taysir, il reçut l'annonce de la naissance de son fils, Serigne Babacar Sy. Pour de nombreux observateurs, dont le professeur de droit public Mouhamadou Mounirou Sy, cette simultanéité dépasse le cadre du hasard. Elle est perçue comme une manifestation du destin, faisant de Serigne Babacar Sy non seulement un héritier biologique, mais le prolongement vivant de la grâce et de l'exaucement contenus dans l'œuvre paternelle.
Une herméneutique de la continuité confrérique
Au-delà de la chronologie, cette lecture des faits souligne la manière dont la confrérie tidiane structure sa propre histoire. Le Dr Bakary Samb, directeur du Timbuktu Institute, précise que cette interprétation relève d'une « herméneutique spirituelle ». Elle permet de concevoir la succession à la tête de la communauté de Tivaouane non comme une simple transmission mécanique, mais comme une filiation spirituelle profonde. Cette perspective, bien que distincte de l'histoire événementielle classique, demeure un pilier central de la piété et de la mémoire des disciples, expliquant le rayonnement durable de la lignée de Maodo au cours du XXe siècle.