L'Etna étouffe la Sicile sous ses cendres : quand le volcan tue à petit feu ses habitants

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 28 lectures
L'Etna étouffe la Sicile sous ses cendres : quand le volcan tue à petit feu ses habitants

Depuis des décennies, les habitants des pentes de l'Etna inhalent sans le savoir des particules toxiques qui empoisonnent leurs poumons. Entre retards administratifs et manque de solutions durables, les Siciliens paient le prix fort des éruptions répétées du volcan le plus actif d'Europe.

Des poumons saturés de particules invisibles

Emilia Privitera, 42 ans, tousse depuis des semaines. Après avoir cru à une allergie ou à une infection virale, les examens ont révélé la présence de micro-particules de cendre volcanique logées dans ses bronches. Comme elle, des centaines d'habitants de Nicolosi et Catane subissent chaque éruption des symptômes persistants : sifflements, irritations oculaires, crises d'asthme. Les cendres de l'Etna, fines comme de la poussière, pénètrent profondément dans les voies respiratoires, aggravant les pathologies préexistantes et déclenchant des inflammations chroniques.

Une étude de 2013 sur les éruptions de 2002 a confirmé cette menace : les urgences siciliennes enregistraient alors une hausse de 20 % des admissions pour troubles respiratoires et cardiovasculaires. Les enfants, les personnes âgées et les patients immunodéprimés sont les plus vulnérables. À Catane, le pneumologue Nunzio Crimi constate une augmentation de 8 % des consultations pendant les périodes d'activité volcanique intense, avec des cas de bronchopneumonie chronique aggravée par l'exposition répétée.

Un système de santé à la traîne face à l'urgence

Malgré l'évidence des risques, les autorités peinent à mettre en place des mesures efficaces. Le département de protection civile sicilien signale des retards dans l'évacuation des cendres, laissant les particules s'accumuler sur les toits, les routes et les champs. Pire : certaines méthodes de nettoyage, comme les souffleuses à air, remettent en suspension les cendres dans l'atmosphère, prolongeant l'exposition des populations. Riccardo Castro, médecin à Acireale, alerte : « Ceux qui vivent près du volcan depuis leur naissance développent des effets graves à long terme. Un enlèvement rapide réduit considérablement les risques. »

Les habitants, livrés à eux-mêmes, doivent stocker des tonnes de cendres dans leurs jardins en attendant une collecte aléatoire. Delia Zappalà, artisan à Nicolosi, dénonce : « On nous laisse nous débrouiller seuls. Chaque éruption est un cauchemar : les sacs s'entassent pendant des mois, et personne ne nous donne de consignes pour les évacuer. »

L'Etna, entre menace sanitaire et opportunité économique

Pourtant, les cendres de l'Etna pourraient devenir une ressource. Riches en minéraux, elles pourraient servir de substitut au ciment dans la construction ou fertiliser les sols. Un décret sicilien de mars 2024 vise justement à reclasser ces cendres de « déchet dangereux » à « matière première réutilisable ». Paolo Roccaro, ingénieur environnemental à l'université de Catane, y voit une solution : « Plus les cendres sont utilisées dans des activités productives, moins elles polluent l'air et les sols. »

Mais le fossé entre la théorie et la pratique reste immense. Contrairement au Japon, où des systèmes de collecte rapide existent autour du Sakurajima, la Sicile traite encore les éruptions comme des urgences ponctuelles plutôt que comme un problème structurel. Roccaro souligne : « Nous avons des décennies d'éruptions à notre actif, mais aucune planification à long terme. »

Le masque, seul rempart contre l'invisible

En attendant des solutions, les Siciliens improvisent. Privitera et d'autres portent désormais des masques FFP2 dès les premières retombées. « C'est un palliatif, mais c'est tout ce qu'on a », confie-t-elle. Les experts recommandent cette protection, tout en insistant sur la nécessité d'une gestion collective des cendres. Sans cela, les générations futures pourraient hériter d'un héritage toxique : des sols stérilisés, des poumons malades et des villes asphyxiées par une poussière qui ne veut pas partir.

Le Briefing KUMBA

L'essentiel de l'actu panafricaine, chaque matin par email.

Discussion

Commentaires

Les commentaires sont modérés avant publication. Respectez les personnes et le débat.

Aucun commentaire publié pour le moment.

Soyez le premier à participer à la discussion.

Votre pays

KUMBA priorisera les contenus de ce pays.

Aucun pays trouvé.