Addis-Abeba, janvier 2025. L’Éthiopie relance sa Bourse, 50 ans après sa fermeture par le régime du Derg. Une initiative présentée comme un symbole de la libéralisation économique portée par le Premier ministre Abiy Ahmed, mais dont les résultats concrets peinent encore à émerger.
Une renaissance boursière après un demi-siècle d’absence
L’Ethiopian Securities Exchange (ESX), lancée en 2025, marque le retour d’une place financière éthiopienne, disparue en 1974 sous le régime communiste du Derg. Installée dans un immeuble du quartier d’Arada, au cœur d’Addis-Abeba, cette bourse s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation économique. Pour les entreprises locales, l’ESX représente une opportunité inédite : accéder à des financements longs, jusqu’ici réservés aux prêts bancaires à court terme. « C’est une bouffée d’oxygène pour les startups et les PME », souligne Abreham Tesfaye, analyste bancaire indépendant.
Un outil de mobilisation des fonds publics… et privés
L’ESX ne se limite pas aux actions. Elle introduit aussi un marché pour les bons du Trésor éthiopiens, permettant aux particuliers et aux investisseurs d’acheter et vendre des titres d’État. Une innovation qui pourrait aider le gouvernement à diversifier ses sources de financement. « Cela change la donne pour la gestion de la dette publique », explique Berhane Teame, économiste spécialisé dans les marchés financiers. Pourtant, malgré ces avancées, le bilan reste maigre : seulement cinq entreprises cotées et huit courtiers agréés à ce jour.
Un démarrage en demi-teinte, mais des perspectives ambitieuses
Le nombre réduit d’acteurs reflète les défis structurels de l’ESX. Berhane Teame tempère : « C’est normal pour une bourse naissante. Le nombre d’entreprises devrait croître avec le temps. » Pourtant, des freins persistent. Le manque d’information et de formation des investisseurs est pointé du doigt. « Beaucoup ignorent encore le fonctionnement des marchés financiers ou les services proposés par les banques d’investissement », regrette Abreham Tesfaye. Pour y remédier, l’ESX et l’Autorité des marchés financiers doivent intensifier leurs efforts de sensibilisation. En juillet 2025, quatre nouvelles sociétés ont obtenu une approbation de principe pour une cotation, portant l’horizon à 90 entreprises d’ici dix ans. Un objectif réaliste ?
Libéralisation économique : un pari encore incertain
L’ESX s’inscrit dans une série de réformes économiques engagées par Abiy Ahmed depuis 2018, rompant avec le modèle de « l’État développementiste » en vigueur depuis 1991. Ouverture du marché bancaire aux acteurs étrangers, privatisations, et désormais une bourse nationale : ces mesures visent à attirer les capitaux et stimuler la croissance. Mais les résultats se font attendre. « La libéralisation prend du temps. Les investisseurs étrangers restent prudents », confie un observateur. L’ESX, bien que symbolique, devra prouver sa viabilité pour ancrer cette transition économique.