L’Éthiopie a présenté au Conseil de sécurité de l’ONU une lettre invoquant son droit à la légitime défense contre des incursions érythréennes, alors que les combats reprennent dans le nord du Tigré et que les relations diplomatiques entre les deux pays se détériorent.
Déclaration de légitime défense au Conseil de sécurité
Le ministre des Affaires étrangères éthiopien, Gedion Timothewos, a adressé une missive au Conseil de sécurité le vendredi, rappelant l’article 51 de la Charte des Nations unies qui autorise la légitime défense. Dans ce texte, Addis-Abeba accuse l’Érythrée d’avoir déployé des unités d’infanterie et mécanisées au-delà de la frontière, ainsi que de soutenir, financer et armer des groupes insurgés. Aucun détail géographique ni preuve concrète n’est fourni, et l’Associated Press n’a pas pu vérifier ces allégations de façon indépendante.
Escalade militaire dans le Tigré : prises de villes et présence érythréenne
Les forces gouvernementales éthiopiennes, soutenues par leurs alliés, ont annoncé la prise de plusieurs localités du Tigré. Idaga Hamus a été occupée vendredi matin, suivie d’Abiy‑Adi dans la région de Tembien jeudi après‑midi. Le commandant de la Force de paix du Tigré, Ermiyas Ababu, a également indiqué que les troupes érythréennes étaient entrées à Adigrat mardi et à Idaga Hamus mercredi. Le samedi suivant, les forces éthiopiennes ont repris Adigrat, où des habitants ont accueilli les soldats en brandissant le drapeau national. Selon le groupe de suivi ACLED, des troupes érythréennes ont traversé la frontière à Zalambesa mercredi et ont été ciblées par des drones éthiopiens en route vers Idaga Hamus, bien que ces faits n’aient pas été corroborés de façon indépendante.
Implications diplomatiques et humanitaires
Les accusations réciproques ont conduit à une rupture des relations diplomatiques : l’Érythrée a annoncé la fin de ses liens officiels après l’expulsion de dix diplomates érythréens et la fermeture de son ambassade à Asmara. Le gouvernement éthiopien, tout en réaffirmant son désir d’accès à la mer Rouge, a déclaré rester ouvert au dialogue avec ses voisins. Sur le terrain, la population du Tigré subit une grave crise humanitaire. À Adigrat, les habitants signalent la faim, la fermeture des banques et l’absence de soins médicaux, tandis que des déplacés de Zalambesa évoquent l’épuisement des réserves alimentaires. Les services de télécommunications, d’électricité et les banques mobiles ont partiellement repris à Mekele, mais restent fragiles.
Perspectives et risques d’un conflit élargi
La situation alimente les craintes d’une escalade régionale, le Conseil de sécurité étant sollicité par l’Érythrée pour condamner ce qu’elle qualifie de « déclaration de guerre » éthiopienne et pour envisager des mesures dissuasives. Les précédentes hostilités entre les deux armées, qui avaient combattu ensemble contre le Front populaire de libération du Tigré de 2020 à 2022, laissent présager une fracture profonde. Les estimations de l’université de Gand indiquent que la guerre antérieure a fait environ 500 000 victimes civiles, soulignant l’enjeu humanitaire d’une nouvelle intensification des combats.