Quatre ans après la fin officielle du conflit au Tigré, l'Éthiopie bascule dans une nouvelle phase d'instabilité marquée par une confrontation directe entre l'armée fédérale et une coalition hétérogène d'opposants armés. Cette dynamique, portée par des groupes aux intérêts divergents, menace la stabilité du gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed et fait peser un risque d'embrasement sur l'ensemble de la région.
La montée en puissance de la coalition anti-gouvernementale
Le paysage sécuritaire éthiopien est aujourd'hui dominé par la Coalition des forces populaires éthiopiennes pour la survie. Ce regroupement, qui agrège des factions armées issues de diverses régions du pays, affiche une ambition politique claire : le renversement du pouvoir central à Addis-Abeba. Cette alliance, bien que soudée par une hostilité commune envers l'administration actuelle, soulève des interrogations sur sa cohésion interne, compte tenu de la diversité des agendas régionaux et des objectifs parfois contradictoires de ses membres.
La reprise des hostilités au Tigré
La situation s'est considérablement dégradée avec le lancement d'une contre-offensive de l'armée fédérale dans la région du Tigré. Cette opération militaire marque une rupture avec la période de calme relatif qui avait suivi les accords de paix précédents. En intensifiant ses manœuvres sur le terrain, le gouvernement cherche à reprendre le contrôle des zones contestées, mais cette stratégie expose le pays à un risque de déstabilisation accrue, les milices locales et les groupes rebelles multipliant les fronts pour affaiblir les capacités de déploiement de l'armée nationale.
Les enjeux de la fragmentation sécuritaire
Au-delà des affrontements directs, la multiplication des acteurs armés, incluant les milices Fano, complexifie la résolution de la crise. La question du soutien extérieur à ces différents groupes demeure un point de vigilance majeur pour les observateurs internationaux. La persistance de ces foyers de tension, qui ne se limitent plus à une seule zone géographique, contraint le gouvernement éthiopien à une gestion de crise permanente, tout en posant la question de la viabilité d'une solution politique dans un contexte où la force armée est devenue le principal vecteur d'expression des revendications régionales.