La stabilité de l'Éthiopie est à nouveau mise à l'épreuve par une recrudescence des affrontements armés dans les régions du nord. Alors que le gouvernement fédéral prône une stratégie de « retenue », les combats se propagent au-delà du Tigré, faisant craindre un effondrement définitif de l'accord de paix signé en 2022 à Pretoria.
Une dynamique de confrontation élargie
Le conflit, qui s'étend désormais aux régions de l'Afar et de l'Amhara, a pris une nouvelle dimension avec la formation de l'Alliance des forces populaires éthiopiennes pour la survie. Ce regroupement de sept groupes armés affiche ouvertement son intention de renverser le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed. Sur le terrain, les affrontements sont intenses, notamment autour d'Abala, où l'armée fédérale tente de contenir l'avancée des rebelles. Dans le North Wollo, les autorités militaires ont fait état de lourdes pertes infligées aux combattants du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), tandis que ces derniers dénoncent une offensive généralisée impliquant l'usage de drones et d'unités mécanisées.
Tensions diplomatiques et accusations croisées
Le chef d'état-major éthiopien, le maréchal Berhanu Jula, a pointé du doigt l'Érythrée, l'accusant de soutenir des groupes armés pour déstabiliser l'État éthiopien. De son côté, Asmara a formellement démenti ces allégations, tout en exprimant ses inquiétudes face aux velléités éthiopiennes d'accéder à la mer Rouge. Parallèlement, le gouvernement éthiopien dénonce l'ingérence d'acteurs extérieurs, cherchant à maintenir une image de puissance stabilisatrice dans la Corne de l'Afrique, notamment par son implication dans les efforts de paix au Soudan.
L'accord de Pretoria sous haute tension
La reprise des hostilités constitue le défi le plus sérieux pour l'accord de cessation des hostilités de 2022. Des analystes, dont le professeur Alemayehu Weldemariam, estiment que la responsabilité de cette dégradation est partagée, soulignant que le gouvernement fédéral n'a pas honoré plusieurs engagements clés, notamment la mise en place d'une administration intérimaire pérenne au Tigré et la levée des restrictions sur les services essentiels. L'exclusion de la région des processus électoraux nationaux a transformé ce qui devait être une transition temporaire en une impasse politique durable.
Un climat d'incertitude sécuritaire
La situation est aggravée par une coupure des accès Internet dans le nord du pays, signalée vendredi, et par les vives inquiétudes exprimées par les Nations Unies concernant l'utilisation de drones contre des populations civiles. Alors que Washington avait récemment levé des sanctions liées aux atrocités commises lors de la précédente guerre, cette nouvelle flambée de violence place la communauté internationale devant une réalité complexe : celle d'un processus de paix qui, faute d'application rigoureuse, semble aujourd'hui au bord de la rupture totale.