La situation sécuritaire en Éthiopie se dégrade brutalement avec la prise de contrôle de l'aéroport de Mekelle par les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et l'ouverture d'un nouveau front dans la région voisine de l'Afar. Ces affrontements marquent une rupture majeure de la stabilité précaire instaurée par l'accord de paix de Pretoria, replaçant le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed face à une menace existentielle sur plusieurs fronts.
Progression rebelle et paralysie logistique
Les combats se sont intensifiés dans la région de l'Afar, notamment dans les localités d'Abala et d'Erebti, où les forces tigréennes auraient pris le contrôle de plusieurs zones stratégiques, forçant le repli des troupes fédérales. Cette offensive s'accompagne de la saisie de l'aéroport Alula Aba Nega à Mekelle, entraînant la suspension immédiate des vols commerciaux par Ethiopian Airlines vers les villes d'Axum, Shire et Mekelle. Cette paralysie logistique aggrave la situation humanitaire, alors que des organisations sur place signalent déjà des déplacements de populations et des besoins urgents en aide alimentaire.
Une alliance hétéroclite contre le pouvoir central
La reprise des hostilités s'inscrit dans un contexte politique plus large : le TPLF a récemment rejoint une coalition baptisée « Ethiopian Peoples' Forces Alliance for Survival ». Ce bloc, composé de sept groupes armés, inclut notamment l'Armée de libération oromo et des milices amharas Fano, avec pour objectif déclaré le renversement de l'administration actuelle. Cette alliance fragilise davantage le Premier ministre, déjà confronté à des insurrections persistantes dans les régions les plus peuplées du pays.
Le spectre d'un conflit régionalisé
Si le gouvernement fédéral conserve un avantage technologique grâce à l'usage accru de drones armés, le TPLF dispose encore d'un arsenal lourd hérité de son ancienne position dominante au sein de l'armée nationale. La dimension internationale du conflit reste un point de vigilance majeur : des accusations de soutien logistique ou diplomatique pèsent sur plusieurs pays voisins, notamment l'Érythrée, le Soudan et l'Égypte. Ces dynamiques régionales complexes, couplées à l'échec de l'application intégrale de l'accord de paix de 2022, font craindre un retour à une guerre de grande ampleur, similaire à celle qui a causé environ 600 000 morts entre 2020 et 2022.