Depuis décembre 2022, l'État de Kano, au nord du Nigeria, fait face à une épidémie persistante de diphtérie qui a déjà causé 1 747 décès. Avec 32 633 cas confirmés sur l'ensemble des 44 zones de gouvernement local, les autorités sanitaires soulignent l'urgence d'une campagne de vaccination massive pour endiguer la propagation de cette infection bactérienne.
Un défi majeur de couverture vaccinale
Le Dr Muhammad Abbas, directeur général du Centre de contrôle des maladies de l'État de Kano (KSCDC), a mis en lumière une corrélation directe entre l'ampleur de l'épidémie et le statut vaccinal des populations. Selon les données officielles, 75,65 % des personnes ayant contracté la maladie étaient soit non vaccinées, soit partiellement vaccinées. Seuls 24,35 % des cas confirmés avaient reçu un schéma vaccinal complet, ce qui confirme, selon les autorités, que la vaccination reste le levier principal pour réduire les complications graves liées à cette pathologie.
Vers une stratégie de vaccination de masse
Pour faire face à cette situation, l'État de Kano estime avoir besoin de près de neuf millions de doses de vaccin afin de mener des campagnes de vaccination à grande échelle. Actuellement, les stocks disponibles, fournis par le gouvernement fédéral, sont principalement utilisés pour des interventions réactives dans les zones où des foyers sont détectés. Le Dr Abbas a précisé que si les cas simples sont traités par antibiotiques, les formes plus sévères nécessitent l'administration d'antitoxines diphtériques, des ressources dont l'approvisionnement reste complexe et dépendant des stocks nationaux.
Lutte contre le retard de prise en charge
Au-delà de la question vaccinale, le système de santé est confronté à un problème de diagnostic tardif. Les autorités indiquent que 91 % des patients se présentent dans les structures de soin à un stade avancé de la maladie, ce qui aggrave considérablement le pronostic vital. Pour contrer ce phénomène et réduire l'hésitation vaccinale, le KSCDC a engagé une collaboration étroite avec les chefs traditionnels et les guérisseurs locaux. Cette stratégie vise à améliorer la sensibilisation des populations aux symptômes précoces — tels que la fièvre, les douleurs cervicales et les difficultés de déglutition — afin d'accélérer le recours aux soins médicaux et d'éviter les complications fatales.