La multiplication des rackets visant les commerces tenus par des ressortissants étrangers en Afrique du Sud révèle une mutation inquiétante de la criminalité organisée. Dans la province du Western Cape, ces pratiques d'extorsion, qui touchent désormais une vaste gamme d'activités économiques, soulèvent des enjeux majeurs de sécurité publique et de protection des libertés individuelles.
Une stratégie de prédation ciblée
Les réseaux criminels exploitent la vulnérabilité perçue des commerçants étrangers, notamment ceux originaires d'Éthiopie et de Somalie. Dans la région du Cap, des gangs imposent des « frais de protection » mensuels, dont le montant est parfois ajusté après une analyse des relevés bancaires des victimes. Ce système, qui s'étend des petites boutiques de quartier aux institutions religieuses, repose sur une escalade de la violence : harcèlement de la clientèle, pillages, et recours à des exécutions sommaires en cas de refus de paiement. Récemment, plusieurs meurtres liés à ces activités ont été recensés, illustrant la brutalité croissante de ces groupes.
La méfiance envers les forces de l'ordre
L'un des obstacles majeurs à la lutte contre ce phénomène est la sous-déclaration des faits. De nombreuses victimes craignent des représailles immédiates, d'autant que des soupçons de complicité au sein des forces de police persistent. Le cas récent d'un agent de police inculpé, aux côtés de membres de sa famille, pour l'extorsion d'une cinquantaine de commerces, renforce ce sentiment d'insécurité. Pour les entrepreneurs, le dépôt de plainte est souvent perçu comme un risque supplémentaire, les criminels étant rapidement informés des procédures engagées contre eux.
Un défi sécuritaire pour le Western Cape
Les statistiques officielles confirment l'ampleur du problème : le Western Cape concentre près de la moitié des 112 cas de racket enregistrés au niveau national entre avril et juin. Cette province, déjà marquée par une forte activité des gangs, enregistre également le nombre le plus élevé de meurtres dans les commerces de proximité. Si les autorités reconnaissent une croissance exponentielle de ces crimes, le ministère de la Police admet ne pas encore disposer de solutions opérationnelles suffisantes pour endiguer ce fléau qui déstabilise le tissu économique local.
Le recours aux « gros bras » comme alternative judiciaire
Au-delà du racket pur, des experts en criminalité organisée observent une tendance préoccupante : le recours à des « gros bras » pour régler des litiges commerciaux en dehors du cadre légal. Cette pratique, qui se substitue aux procédures civiles jugées trop lentes, banalise l'usage de la force privée pour résoudre des conflits d'affaires. Cette dérive, couplée aux tensions xénophobes épisodiques, place les commerçants étrangers dans une situation de précarité extrême, menaçant la pérennité de leurs activités et la cohésion sociale dans les zones urbaines concernées.