L'adoption croissante des solutions de paiement chinoises comme Alipay et WeChat Pay par les commerçants ouest-africains crée une zone d'ombre réglementaire. Alors que ces outils facilitent les échanges commerciaux avec la Chine, ils échappent largement au cadre de surveillance de la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), soulevant des questions cruciales sur la souveraineté monétaire et la traçabilité des flux.
Le cadre légal face à l'innovation numérique
La réglementation en vigueur au sein de l'Union monétaire ouest-africaine (Umoa) est stricte : seuls les établissements de crédit ou les opérateurs de monnaie électronique agréés par la BCEAO sont autorisés à fournir des services de paiement. Selon les textes, notamment l'Instruction n° 001/01/2024, toute transaction transfrontalière doit transiter par des intermédiaires officiels. L'utilisation de portefeuilles électroniques étrangers, souvent alimentés par des circuits informels comme des cambistes, contrevient ainsi aux règles sur les relations financières extérieures qui imposent l'enregistrement des importations auprès d'institutions bancaires locales.
Un système financier parallèle en question
Le débat divise les acteurs économiques. Pour certains entrepreneurs, ces applications ne sont que des outils techniques facilitant des transactions commerciales documentées. Cependant, des experts soulignent le risque d'émergence d'un système financier parallèle. Lorsque ces portefeuilles servent à déplacer des avoirs hors du circuit bancaire régulé, la traçabilité devient impossible. Les données de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) confirment cette tension : si les établissements de monnaie électronique officiels traitent des millions d'opérations, les infractions liées à la réglementation des changes restent en hausse.
Vers une intégration structurée des solutions
Face à l'inefficacité d'une interdiction pure et simple, des voix s'élèvent pour prôner une approche pragmatique. L'exemple du Kenya, où le partenariat entre Safaricom et des plateformes chinoises permet d'effectuer des transactions en monnaie locale via M-Pesa, est souvent cité comme un modèle à suivre. Cette interconnexion permet de maintenir les flux dans un cadre contrôlé tout en répondant aux besoins des commerçants. Plutôt qu'un contrôle rigide, les acteurs du secteur suggèrent à la BCEAO de favoriser l'intégration technique de ces solutions pour garantir la transparence des flux financiers tout en soutenant l'activité économique régionale.