Meta, leader mondial des lunettes connectées, fait face à une série d’enquêtes à Paris après que des femmes aient été filmées sans leur accord, soulevant des questions de protection des données, de genre et de cybersécurité.
Domination de Meta et enjeux de confidentialité
Les modèles Ray‑Ban, développés avec EssilorLuxottica, représentent aujourd’hui environ 76 % du marché mondial des lunettes connectées, selon Reuters. En 2025, Meta aurait vendu 7 millions d’appareils, ce qui amplifie l’impact potentiel de tout dysfonctionnement ou usage abusif. La technologie intègre une LED qui s’allume dès qu’une capture vidéo ou photo est lancée, un dispositif que l’entreprise affirme impossible à désactiver et qui coupe automatiquement la caméra si la lumière est masquée ou endommagée.
Mécanismes de protection intégrés et leurs limites
En septembre, Meta a publié une mise à jour visant à corriger une faille qui permettait à certains utilisateurs de couvrir la LED avant d’enregistrer, puis de réactiver la caméra sans que le témoin ne s’allume. Désormais, la vidéo est interrompue dès que le témoin est dissimulé, que ce soit avant ou pendant la capture. Malgré ces mesures, des signalements indiquent que des femmes ont été filmées à leur insu, rappelant que la simple présence d’une lumière ne garantit pas le consentement à la diffusion de l’image.
Réactions des autorités françaises et des associations
La CNIL a reçu moins de dix plaintes liées à l’usage de ces lunettes dans le cadre professionnel, mais elle a déjà recommandé aux entreprises d’obtenir l’accord explicite des personnes filmées avant toute publication sur les réseaux sociaux. Le parquet de Paris, via sa section cybercriminalité, a testé les lunettes pour identifier d’éventuelles infractions, notamment le vol de codes de récupération de portefeuilles de cryptomonnaies. Parallèlement, des organisations comme le centre Hubertine Auclert et l’Observatoire d’e‑Enfance appellent à un encadrement plus strict dès la conception des dispositifs, ainsi qu’à une tolérance zéro pour les comptes récidivistes sur les plateformes.
Implications pénales et risques de cybercriminalité
Les investigations du parquet visent à déterminer si la capture non autorisée d’images constitue une violation du droit à l’image ou d’autres infractions pénales, notamment en matière de harcèlement ou de vol de données sensibles. Le potentiel de récupération de clés privées de cryptomonnaies via les lunettes ouvre la porte à des délits de fraude financière, renforçant la nécessité d’une législation adaptée aux technologies portables. Les entreprises interrogées envisagent déjà d’interdire ces appareils dans leurs locaux afin de prévenir les abus.