Face à l'impasse parlementaire sur la crise du logement, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a annoncé la dissolution du Parlement et la tenue d'élections législatives anticipées pour le 29 novembre. Ce scrutin, initialement prévu pour 2027, constitue un pari risqué pour le dirigeant socialiste, confronté à une opposition en tête des sondages et à une série d'affaires judiciaires fragilisant son exécutif.
Le logement, catalyseur d'une crise politique
La décision de dissoudre l'Assemblée fait suite au rejet massif d'un paquet de mesures sociales visant à réguler le marché immobilier. Le texte prévoyait notamment la suspension des expulsions de personnes vulnérables jusqu'en 2030 et des restrictions contre les fonds d'investissement immobiliers. Ce blocage, orchestré par le Parti populaire (droite), Vox (extrême droite) et Junts (indépendantistes catalans), intervient dans un contexte de forte tension sociale, illustré par des manifestations à Madrid après l'expulsion médiatisée d'une octogénaire. Avec un prix moyen du mètre carré ayant presque doublé en dix ans, l'accès au logement est devenu un enjeu électoral majeur que Pedro Sánchez tente de placer au cœur de sa campagne.
L'usure du pouvoir et les menaces judiciaires
Le Premier ministre aborde ce scrutin dans une position défensive. Son gouvernement est secoué par plusieurs scandales de corruption impliquant des membres de son entourage proche, dont son épouse, ainsi que d'anciens collaborateurs du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). La situation pourrait s'aggraver si le parti lui-même était mis en examen en tant que personne morale. À ces difficultés internes s'ajoute la gestion complexe de la crise migratoire à Ceuta, où des centaines de migrants vivent dans des camps de fortune, alimentant les critiques de l'opposition sur la politique d'ouverture du gouvernement.
Vers une recomposition des alliances
Les sondages actuels placent le Parti populaire en position de force, bien que sans majorité absolue. Cette configuration pourrait contraindre la droite à négocier avec Vox, une formation avec laquelle elle collabore déjà dans plusieurs régions espagnoles. Si Santiago Abascal, leader de Vox, appelle à chasser un gouvernement qualifié de « corrompu », Pedro Sánchez mise sur la crainte d'une coalition entre la droite et l'extrême droite pour remobiliser son électorat.
La controverse sur l'intégrité du scrutin
La campagne s'ouvre sur fond de défiance institutionnelle. Des figures de l'opposition, dont certains cadres de Vox et du Parti populaire, ont publiquement émis des doutes sur la fiabilité du vote par correspondance, accusant le Premier ministre de velléités de manipulation. Face à ces attaques, Pedro Sánchez a appelé les citoyens à avoir une « confiance absolue » dans le système électoral, soutenu par des porte-paroles du Parti populaire rappelant que la procédure est strictement supervisée par la Commission électorale centrale.