L'île de Majorque a acté la fermeture définitive des unités 3 et 4 de la centrale thermique d'Es Murterar, marquant une étape symbolique et concrète dans la décarbonation du mix énergétique espagnol. Cette décision, qui intervient avec quatre ans d'avance sur le calendrier initial, illustre la stratégie nationale de réduction de la dépendance aux combustibles fossiles au profit des énergies renouvelables.
Une sortie du charbon sécurisée
La fermeture des unités au charbon à Alcudia, dans le nord de l'île, ne devrait pas perturber la stabilité du réseau électrique régional. L'opérateur Endesa a confirmé que la sécurité de l'approvisionnement sera maintenue grâce au maintien en activité de deux turbines à gaz sur le site. Ce choix s'inscrit dans une dynamique plus large de transition, où l'Espagne privilégie désormais le solaire et l'éolien pour limiter sa vulnérabilité face aux fluctuations des marchés internationaux de l'énergie.
L'essor des renouvelables comme levier économique
Le bilan de la dernière décennie confirme la pertinence du virage pris par Madrid : la capacité de production renouvelable a plus que doublé pour atteindre 119 gigawatts. Selon les données d'Ember, le solaire et l'éolien ont représenté respectivement 21,9 % et 20,4 % de la production électrique nationale en 2025. Cette montée en puissance a permis à l'Espagne d'économiser près de 26 milliards de dollars sur ses importations de gaz naturel entre 2011 et 2024, tout en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre d'un cinquième.
Les défis de l'électrification globale
Malgré ces succès, l'Espagne fait face à un obstacle majeur : l'électricité ne constitue que 25 % de la consommation finale d'énergie, un chiffre encore éloigné de l'objectif de 35 % fixé pour 2030. L'Agence internationale de l'énergie souligne que le déploiement des véhicules électriques, la décarbonation du chauffage et la transition industrielle restent freinés par des coûts d'investissement élevés et une structure fiscale qui favorise encore, dans certains cas, les énergies fossiles. Pour corriger ce déséquilibre, le gouvernement a entamé une réforme de la fiscalité énergétique, notamment avec la suppression de l'impôt sur la production d'électricité en 2026, afin d'inciter les ménages et les entreprises à basculer vers des usages plus durables.